Depuis la semaine dernière, l’univers catholique dispose désormais d’éléments probants attestant de l’échec de l’accord sino-vatican. Affirmation frappante, elle n’en est pas moins solidement étayée. Pourtant, cette nouvelle est passée relativement inaperçue dans les milieux catholiques.

Signé en 2018 comme un « accord provisoire », le pacte conclu entre Pékin et le Saint-Siège visant à réguler l’institution des évêques avait été présenté, à l’époque, par le pape François comme « l’écriture d’un nouveau chapitre de l’Église catholique en Chine ».

Il déclarait alors que « cet accord pose les bases stables d’une collaboration entre les autorités étatiques et le Siège apostolique, dans l’espérance d’offrir à la communauté catholique de bons pasteurs ».

Justifiant par ailleurs l’attention portée à l’Église de Chine et la mise en œuvre de cet accord, François en soulignait la finalité unitaire :

« Justement parce qu’il s’agit d’aider et de promouvoir l’annonce de l’Évangile en Chine et de rétablir l’unité visible et complète de l’Église, il a fallu, avant toute autre considération, s’occuper de la question de l’institution des évêques. »

Quant aux objectifs poursuivis, le pape ajoutait que « le Saint-Siège a souhaité — et souhaite toujours — atteindre les visées spirituelles et pastorales propres à l’Église, c’est-à-dire soutenir et propager l’annonce de l’Évangile, ainsi que rétablir et conserver l’unité visible de la communauté catholique en Chine. »

Renouvelé tous les deux ans depuis 2018, le pacte a été prolongé pour quatre années supplémentaires en 2024, ce qui signifie que, lors de sa prochaine révision, il aura été en vigueur pendant une décennie.

Malgré cela, ses dispositions sont demeurées hautement confidentielles. Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, a expliqué cette opacité : « Le texte est confidentiel car il n’a pas encore reçu l’approbation définitive », fut-il indiqué à la presse vaticanee à l’été 2023.

Michael Haynes 🇻🇦@MLJHaynes

Lors de son discours annuel devant les diplomates accrédités auprès du Saint-Siège, le pape François a évoqué le renouvellement de l’accord avec la Chine comme « un signe du désir de poursuivre un dialogue respectueux et constructif en vue du bien de l’Église catholique dans ce pays et de la population chinoise tout entière ».

3:59 PM · 9 janv. 2025 · 2,64 K vues


Comme nos lecteurs de Per Mariam le savent bien, l’accord sino-vatican reste l’un des points les plus controversés du pontificat du pape François. Les catholiques locaux l’ont souvent interprété comme une trahison du Vatican ; les experts de la Chine le dénoncent comme un abandon de l’Église face au régime communiste ; des personnalités politiques de nombreux pays ainsi que des organismes internationaux de défense des droits de l’homme l’ont également critiqué, au point que la Commission exécutive sino-américaine du Congrès a rapporté que la persécution des chrétiens s’était intensifiée en conséquence de cet accord.

Human Rights Watch: Vatican-China deal has aided religious persecution

Pourtant, le Saint-Siège a maintenu fermement sa défense du pacte et son engagement à le reconduire. La Chine continue de tirer profit de situations en nommant et sélectionnant les évêques, laissant au seul Vatican la tâche symbolique d’entériner le candidat choisi. Mais, à l’aune de ce que révèle l’Église officielle assujettie à l’État chinois, le Saint-Siège ne fait l’objet d’aucune reconnaissance publique.

Des consécrations clandestines

Les jours récents ont scellé la ruine de tout espoir quant à l’efficacité du pacte : un évêque de l’Église souterraine a révélé que des évêques sont ordonnés en secret pour cette Église loyale envers Rome.

Interrogé par Catholic World Report, ce prélat anonyme a expliqué que, pour « assurer la survie de l’Église en Chine », les communautés clandestines procèdent à des consécrations épiscopales secrètes.

Sans s’engager sur des chiffres précis, ni par méconnaissance des faits ni par réticence, il a indiqué que « au moins dix nouveaux évêques » avaient été ordonnés pour sa seule province. Per Mariam a été informé que la majorité de ces consécrations sont intervenues au cours de l’année écoulée.

Le pacte sino-vatican de 2018 a plongé l’Église de Chine dans un « état d’urgence », a-t-il ajouté.

Il a également souligné que les catholiques chinois continuent de pâtir de ce pacte — indépendamment des persécutions actives — et « s’interrogent sur le sincère souci de Rome pour leur bien spirituel lorsque le Saint-Siège avalise l’institution d’évêques sélectionnés par le gouvernement, dont la loyauté envers l’État reste pour le moins suspecte ».

« Ils s’interrogent, qui est donc le pape en Chine ? Xi Jinping ou le pape Léon XIV ? »

Le Bureau de presse du Saint-Siège n’a pas encore répondu aux questions de notre correspondant concernant la connaissance que le pape aurait pu avoir de ces consécrations, l’éventuelle approbation qu’il y aurait donnée, ou l’ignorance totale de la Curie romaine sur ce point. À présent que ces consécrations secrètes ont été révélées, il importe d’établir si, oui ou non, le Vatican les approuvait, et dans quelle mesure il en avait été informé.

File photo of Cardinal Pietro Parolin

S. Em. le card. Parolin, architecte principal de l’accord sino-vatican.

Mais même en l’absence de ces réponses, l’Église souterraine a démontré que la politique vaticane à l’égard de la Chine est fondamentalement erronée. Depuis des années, politiques et militants ne cessent de le clamer ; aujourd’hui, l’Église souterraine en apporte la preuve par son existence même.

Dès la signature du pacte en 2018, l’agence AsiaNews rapportait que les catholiques clandestins se sentaient trahis par le Vatican. Un sentiment qui n’a, semble-t-il, fait que grandir.

Au demeurant, la communauté souterraine redoute pour l’intégrité de la foi. D’où cette invocation de « l’état d’urgence » parmi les évêques, soucieux de transmettre le dépôt de la foi catholique plutôt que le credo contaminé par le communisme que Pékin impose. »

Le pape François écrivait en 2018 que le pacte visait « à atteindre les visées spirituelles et pastorales propres à l’Église, c’est-à-dire soutenir et propager l’annonce de l’Évangile, ainsi que rétablir et conserver l’unité visible de la communauté catholique en Chine ». L’Église souterraine a prouvé, par son simple fait d’être, que cet accord a magnifiquement manqué sa cible.

En revenant sur la question de savoir si le Vatican était au courant des consécrations secrètes, l’hypothèse la moins défavorable pour le Saint-Siège serait encore qu’il ignorât tout. Qu’il faille espérer être dans cette ignorance peut sembler paradoxal, mais il convient de peser les faits.

Les observateurs religieux n’ont eu de cesse de signaler l’aggravation de la répression religieuse en Chine, directement imputable au pacte. Si, donc, le Saint-Siège savait que l’accord avait échoué — à un point tel qu’il fallût recourir à des ordinations épiscopales clandestines pour préserver la foi — et qu’il l’a malgré tout reconduit, alors le Vatican se montrerait complice de la persécution de son propre troupeau.

Si paradoxal que cela paraisse, les catholiques doivent donc souhaiter que le Saint-Siège n’ait appris l’existence de ces consécrations qu’au moment où le monde entier en fut informé.

Pour ce qui est de l’avenir, il apparaît clairement que la communauté souterraine aime Rome tout en se méfiant d’elle. Elle l’aime assez pour risquer la persécution afin de rester fidèle à l’Église, mais se défie des choix politiques et épiscopaux du Vatican. Elle sait, depuis l’origine, une vérité dont le Saint-Siège devrait désormais se convaincre : on ne traite pas avec Pékin en espérant en sortir vainqueur.

Ce n’est qu’en 2028 que le pacte sino-vatican devra être à nouveau soumis à révision. Le pape Léon aura alors à trancher un choix crucial : prendre enfin une position courageuse et le rejeter, ou bien condamner les catholiques chinois à une persécution toujours plus lourde. L’inaction équivaudrait à s’incliner devant la mainmise chinoise sur l’Église, et à cautionner sa répression.

Le sort des catholiques de Chine, comme la crédibilité morale du Saint-Siège, dépend désormais de sa capacité à rompre avec un pacte dont on mesure chaque jour davantage l’échec patent.