Comme l'a rapporté Vatican News le 6 juillet 2026, le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie et le Secrétariat général du Synode ont publié un Itinéraire thématique comme instrument de préparation à la Rencontre que Léon XIV a convoquée au Vatican, du 7 au 14 octobre 2026, avec les chefs des Églises catholiques orientales et les présidents des Conférences épiscopales. L'Itinéraire commence par ces mots : « Dans cet itinéraire, nous sommes invités à demander au Seigneur le courage de poursuivre le chemin » ouvert par Amoris Laetitia, en accueillant toujours à nouveau l'Évangile, avec la joie de pouvoir l'annoncer à tous ». Cette phrase appartient au discours prononcé par Léon XIV le 19 mars 2026, à l'occasion du dixième anniversaire d'Amoris Laetitia. Dans son discours, le Pape invite à poursuivre l'orientation pastorale initiée par François, c'est-à-dire « le chemin », en accordant une place centrale au discernement et à l'accompagnement des situations concrètes des familles. Pour situer le lecteur, nous souhaitons commenter les deux mots fondamentaux du paragraphe, à savoir courage et chemin. La question, tant dans l'Itinéraire thématique que dans le discours de Léon XIV, ne porte pas simplement sur le mot « chemin », mais sur la connaissance de quel chemin l'on veut poursuivre. Amoris Laetitia ne nie pas frontalement la doctrine catholique sur le mariage. De fait, elle réaffirme expressément son indissolubilité. Mais le chapitre VIII a introduit une manière d'aborder les situations irrégulières où le discernement, la conscience, les circonstances concrètes et l'accompagnement pastoral acquièrent une importance particulière. Depuis lors, la controverse ne porte pas tant sur ce qu'affirme formellement la doctrine de l'Église, que sur la détermination de la portée des conséquences pratiques de cette nouvelle approche en ce qui concerne les divorcés vivant dans une nouvelle union, c'est-à-dire dans l'adultère, et leur accès aux sacrements. C'est précisément là qu'il est significatif que, dix ans après, Léon XIV n'ait pas clarifié la controverse. Au contraire, il parle de poursuivre le chemin et convoque les présidents des Conférences épiscopales pour discerner « les pas à franchir », en tenant également compte de ce qui se fait déjà dans les Églises locales. S'il reste encore des « pas à franchir », la question est inévitable : vers où ? Car une chose est d'appliquer pastoralement une doctrine déjà reçue en tenant compte des circonstances particulières de chaque personne, et une tout autre chose est de laisser ces circonstances finir par influencer la manière même d'interpréter la doctrine. La situation concrète doit être illuminée par la doctrine de l'Église ; elle ne peut devenir un critère pour en modifier le sens. Et c'est ici qu'apparaît le véritable problème. Nous ne sommes pas face à un texte qui déclare fausse la doctrine matrimoniale traditionnelle. Nous sommes face à quelque chose de plus difficile à préciser, à savoir la possibilité qu'une nouvelle praxis pastorale finisse par altérer progressivement les conséquences réelles d'une doctrine qui, du moins formellement, continue d'être affirmée. Cela se perçoit particulièrement dans le chapitre VIII d'Amoris Laetitia. En traitant des situations adultères, certaines catégories avec lesquelles l'Église avait traditionnellement formulé le jugement moral et sacramentel sur ces situations perdent de leur importance, à savoir l'adultère, le péché grave, la continence, l'état de grâce, la conversion, la confession sacramentelle et les conditions objectives pour recevoir l'Eucharistie. C'est pourquoi le mot « courage » lié au chemin est également frappant. Pourquoi demander « le courage de poursuivre le chemin ouvert par Amoris Laetitia » ? Nul n'a besoin d'un courage particulier pour écouter un couple en difficulté, accompagner une famille blessée ou traiter le pécheur avec miséricorde. Tout cela fait partie depuis toujours de la pastorale de l'Église. Le mot prend un autre poids lorsque ce « chemin » se réfère précisément aux aspects qui, au cours de ces dix années, ont provoqué une forte controverse doctrinale et sacramentelle, à savoir les situations irrégulières, la conscience, le discernement et l'accès aux sacrements. Et il convient ici de faire une distinction importante. La vraie doctrine n'a pas besoin de courage pour devenir autre chose ; elle a besoin de courage pour être confessée et appliquée. Le problème commencerait si le « courage » consistait à continuer d'avancer sur un chemin pastoral qui, sans nier formellement la doctrine traditionnelle sur le mariage, finirait par admettre des applications difficilement compatibles avec la doctrine morale et sacramentelle de l'Église. Dix ans après Amoris Laetitia, Léon XIV n'est pas disposé à fermer le chemin ouvert par François, mais à le prolonger. Et c'est là que réside la question de fond : si une nouvelle praxis pastorale peut finir par altérer d'abord l'application de la doctrine catholique et, avec le temps, également la manière de la comprendre. Si la situation concrète de chacun finit par devenir un critère pour déterminer ce qui peut être moralement admis, le risque est de déboucher sur une véritable morale de situation. Est-ce vers là que Léon XIV veut nous conduire ? S'il s'agissait de cette morale de situation, il faudrait rappeler quelque chose d'élémentaire, à savoir qu'aucun Pape n'est légitimé à modifier, par la praxis pastorale, ce qui appartient à la loi morale et à la doctrine reçue de l'Église. L'autorité de Pierre ne consiste pas à ouvrir des chemins en marge de cette vérité, mais à la garder, la transmettre, l'enseigner et y confirmer ses frères.   

Comme l'a rapporté Vatican News le 6 juillet 2026, le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie et le Secrétariat général du Synode ont publié un Itinéraire thématique comme instrument de préparation à la Rencontre que Léon XIV a convoquée au Vatican, du 7 au 14 octobre 2026, avec les chefs des Églises catholiques orientales et les présidents des Conférences épiscopales.

L'Itinéraire commence par ces mots :

« Dans cet itinéraire, nous sommes invités à demander au Seigneur le courage de poursuivre le chemin » ouvert par Amoris Laetitia, en accueillant toujours à nouveau l'Évangile, avec la joie de pouvoir l'annoncer à tous ».

Cette phrase appartient au discours prononcé par Léon XIV le 19 mars 2026, à l'occasion du dixième anniversaire d'Amoris Laetitia. Dans son discours, le Pape invite à poursuivre l'orientation pastorale initiée par François, c'est-à-dire « le chemin », en accordant une place centrale au discernement et à l'accompagnement des situations concrètes des familles.

Pour situer le lecteur, nous souhaitons commenter les deux mots fondamentaux du paragraphe, à savoir courage et chemin.

La question, tant dans l'Itinéraire thématique que dans le discours de Léon XIV, ne porte pas simplement sur le mot « chemin », mais sur la connaissance de quel chemin l'on veut poursuivre.

Amoris Laetitia ne nie pas frontalement la doctrine catholique sur le mariage. De fait, elle réaffirme expressément son indissolubilité. Mais le chapitre VIII a introduit une manière d'aborder les situations irrégulières où le discernement, la conscience, les circonstances concrètes et l'accompagnement pastoral acquièrent une importance particulière.

Depuis lors, la controverse ne porte pas tant sur ce qu'affirme formellement la doctrine de l'Église, que sur la détermination de la portée des conséquences pratiques de cette nouvelle approche en ce qui concerne les divorcés vivant dans une nouvelle union, c'est-à-dire dans l'adultère, et leur accès aux sacrements.

C'est précisément là qu'il est significatif que, dix ans après, Léon XIV n'ait pas clarifié la controverse. Au contraire, il parle de poursuivre le chemin et convoque les présidents des Conférences épiscopales pour discerner « les pas à franchir », en tenant également compte de ce qui se fait déjà dans les Églises locales.

S'il reste encore des « pas à franchir », la question est inévitable : vers où ?

Car une chose est d'appliquer pastoralement une doctrine déjà reçue en tenant compte des circonstances particulières de chaque personne, et une tout autre chose est de laisser ces circonstances finir par influencer la manière même d'interpréter la doctrine. La situation concrète doit être illuminée par la doctrine de l'Église ; elle ne peut devenir un critère pour en modifier le sens.

Et c'est ici qu'apparaît le véritable problème. Nous ne sommes pas face à un texte qui déclare fausse la doctrine matrimoniale traditionnelle. Nous sommes face à quelque chose de plus difficile à préciser, à savoir la possibilité qu'une nouvelle praxis pastorale finisse par altérer progressivement les conséquences réelles d'une doctrine qui, du moins formellement, continue d'être affirmée.

Cela se perçoit particulièrement dans le chapitre VIII d'Amoris Laetitia. En traitant des situations adultères, certaines catégories avec lesquelles l'Église avait traditionnellement formulé le jugement moral et sacramentel sur ces situations perdent de leur importance, à savoir l'adultère, le péché grave, la continence, l'état de grâce, la conversion, la confession sacramentelle et les conditions objectives pour recevoir l'Eucharistie.

C'est pourquoi le mot « courage » lié au chemin est également frappant.

Pourquoi demander « le courage de poursuivre le chemin ouvert par Amoris Laetitia » ? Nul n'a besoin d'un courage particulier pour écouter un couple en difficulté, accompagner une famille blessée ou traiter le pécheur avec miséricorde. Tout cela fait partie depuis toujours de la pastorale de l'Église.

Le mot prend un autre poids lorsque ce « chemin » se réfère précisément aux aspects qui, au cours de ces dix années, ont provoqué une forte controverse doctrinale et sacramentelle, à savoir les situations irrégulières, la conscience, le discernement et l'accès aux sacrements.

Et il convient ici de faire une distinction importante. La vraie doctrine n'a pas besoin de courage pour devenir autre chose ; elle a besoin de courage pour être confessée et appliquée. Le problème commencerait si le « courage » consistait à continuer d'avancer sur un chemin pastoral qui, sans nier formellement la doctrine traditionnelle sur le mariage, finirait par admettre des applications difficilement compatibles avec la doctrine morale et sacramentelle de l'Église.

Dix ans après Amoris Laetitia, Léon XIV n'est pas disposé à fermer le chemin ouvert par François, mais à le prolonger. Et c'est là que réside la question de fond : si une nouvelle praxis pastorale peut finir par altérer d'abord l'application de la doctrine catholique et, avec le temps, également la manière de la comprendre. Si la situation concrète de chacun finit par devenir un critère pour déterminer ce qui peut être moralement admis, le risque est de déboucher sur une véritable morale de situation.

Est-ce vers là que Léon XIV veut nous conduire ? S'il s'agissait de cette morale de situation, il faudrait rappeler quelque chose d'élémentaire, à savoir qu'aucun Pape n'est légitimé à modifier, par la praxis pastorale, ce qui appartient à la loi morale et à la doctrine reçue de l'Église. L'autorité de Pierre ne consiste pas à ouvrir des chemins en marge de cette vérité, mais à la garder, la transmettre, l'enseigner et y confirmer ses frères.