Mgr Joseph Strickland a publié une critique cinglante du nouveau document du Vatican sur le dialogue interreligieux minimisant la nécessité d’évangéliser tous les peuples par l’Église catholique. Il a également rédigé une lettre pastorale sur ce sujet. (Voir ci-dessous.)

Strickland s’est concentré sur cette ligne troublante :

L’enfermement défensif dans sa propre position et l’idée que le prosélytisme serait le seul moyen d’engager le dialogue avec l’autre n’ont plus de sens dans un monde qui ressemble de plus en plus à un village global interconnecté et en constante évolution.

« Cette affirmation du Vatican doit être rejetée et répudiée par tous ceux qui tiennent Jésus-Christ et son Église pour l’unique chemin vers le Père », a déclaré l’ancien évêque de Tyler, au Texas.

« La vérité n’est pas en constante évolution », a insisté Mgr Strickland. « La vérité, c’est Jésus-Christ présent parmi nous dans le monde, et son Église est le véhicule de notre salut. »

Intitulé « Un chemin d’espérance : Soixante ans de dialogue interreligieux et de fraternité à la lumière de la déclaration conciliaire Nostra Ætate », le texte décourage le « prosélytisme », c’est-à-dire les tentatives de convertir les fidèles d’autres religions.

Le document prône le « dialogue interreligieux » et la « fraternité » avec les autres religions comme idéal, les présentant comme des moyens vers la « paix » et la « compréhension », au détriment de l’évangélisation.

Pour en savoir plus sur le document de la Dicastère pour la Doctrine de la foi, cliquez ici.

Jésus-Christ, unique Sauveur du monde

Lettre pastorale sur le dialogue interreligieux et le mandat missionnaire de l’Église

Le 16 septembre 2026, la Dicastère pour la Doctrine de la foi, la Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens et la Dicastère pour le dialogue interreligieux ont publié la note « Un chemin d’espérance : Soixante ans de dialogue interreligieux et de fraternité à la lumière de la déclaration conciliaire Nostra Ætate ».

Le document contient beaucoup d’éléments que tout catholique devrait approuver. Il condamne la violence religieuse, l’antisémitisme, la contrainte, la haine, le mépris et les violations de la liberté religieuse. Il rappelle que chaque personne possède une dignité inviolable parce qu’elle est créée à l’image de Dieu. Il affirme l’importance des relations pacifiques entre les peuples et insiste sur le fait que le dialogue interreligieux ne doit pas sombrer dans le relativisme ou le syncrétisme.

La note déclare également explicitement qu’il n’existe pas deux voies parallèles de salut, que le Christ est « l’unique Rédempteur », et que la fidélité à Jésus-Christ – « le Chemin, la Vérité et la Vie » – est indissociable du dialogue authentique.

Ces affirmations sont vraies et nécessaires.

Cependant, d’autres passages emploient un langage qui, s’il est lu sans la lumière régulatrice de l’Écriture sainte et de la doctrine pérenne de l’Église, peut donner lieu à une grave confusion. Les fidèles peuvent légitimement se demander si le dialogue a été placé au-dessus de l’évangélisation ; si les adeptes des religions non chrétiennes doivent être considérés comme déjà engagés sur des chemins authentiques vers Dieu ; si l’Église doit encore chercher leur conversion ; et si le mandat missionnaire confié par le Christ à son Église reste pleinement contraignant.

La condamnation nécessaire de l’antisémitisme contenue dans la note soulève également une question connexe : comment l’Église peut-elle affirmer le mystère permanent d’Israël sans que cette affirmation ne devienne un soutien théologique au sionisme politique ou une défense inconditionnelle de l’État d’Israël moderne ?

Comme ces questions touchent au cœur de la foi catholique, au témoignage moral de l’Église et au salut éternel des âmes, elles ne peuvent être balayées d’un revers de main au nom de la résistance au dialogue. Elles exigent des distinctions claires et la plénitude de la doctrine catholique.

En tant qu’évêque, chargé devant Dieu de garder le dépôt de la foi et de confirmer les fidèles dans la vérité, je propose l’enseignement suivant :

  1. Le mandat missionnaire n’a pas été abrogé

La mission de l’Église ne découle pas des circonstances historiques changeantes, des besoins sociologiques ou des stratégies ecclésiales. Elle découle de Jésus-Christ.

Après sa Résurrection, Notre-Seigneur a ordonné aux Apôtres : « Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28, 18-20).

Saint Marc rapporte cet ordre en termes tout aussi directs : « Allez dans le monde entier, et prêchez l’Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc 16, 15-16).

L’Église n’a pas inventé cette mission, et par conséquent, elle n’a aucune autorité pour l’abandonner. Aucun dicastère, aucune conférence épiscopale, aucune école théologique ou programme pastoral ne peut dispenser l’Église d’un commandement donné par le Seigneur lui-même.

Le fait que le monde soit devenu un « village global » interconnecté ne rend pas le mandat missionnaire obsolète. Il rend les nations plus immédiatement présentes les unes aux autres et place donc plus urgemment devant nous la responsabilité missionnaire de l’Église.

Le pluralisme culturel ne supprime pas la Révélation divine. La proximité entre les religions ne rend pas leurs affirmations contradictoires également vraies. Les exigences de la coexistence pacifique n’autorisent pas l’Église à dissimuler l’identité de Celui par qui la vraie paix est donnée.

Le Concile Vatican II enseigne : « L’Église en pèlerinage est par nature missionnaire, puisqu’elle tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit » (Ad Gentes, 2).

L’Église n’est pas missionnaire occasionnellement. Elle est missionnaire par nature. Si elle cesse d’évangéliser, elle n’abandonne pas simplement une activité parmi d’autres : elle agit contre sa propre identité.

Toute conception du dialogue interreligieux qui ne préserve pas cette identité missionnaire est incomplète. Toute interprétation du dialogue qui étouffe l’appel à la foi, à la repentance, au baptême et à la communion avec le Christ contredit le mandat du Seigneur.

  1. Jésus-Christ n’est pas un maître parmi d’autres

Au cœur de la foi chrétienne ne se trouve pas une théorie de la religion, mais la Personne de Jésus-Christ.

Notre-Seigneur ne dit pas simplement qu’Il enseigne une voie, qu’Il communique une partie de la vérité ou qu’Il offre une forme possible de vie spirituelle. Il déclare : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14, 6).

Saint Pierre proclame : « Il n’y a de salut en aucun autre, car il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés » (Actes 4, 12).

Saint Paul enseigne : « Car il n’y a qu’un seul Dieu, et qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est donné en rançon pour tous » (1 Timothée 2, 5-6).

Ces affirmations ne sont pas périphériques ou négociables. Elles appartiennent aux fondements du christianisme.

Jésus-Christ est le Verbe éternel fait chair. Il est vrai Dieu et vrai homme. Il est la plénitude et l’accomplissement de la Révélation divine. Sa Croix est le seul sacrifice par lequel le monde est racheté. Sa Résurrection est la victoire sur le péché et la mort. Toute grâce accordée à un être humain lui est donnée par Lui.

La déclaration Dominus Iesus a réaffirmé cette doctrine contre les théories qui placeraient le christianisme au même rang que d’autres religions comme une expression limitée d’un mystère religieux universel.

« Il faut donc tenir fermement, comme vérité de foi catholique, que la volonté salvifique universelle du Dieu unique et trine s’accomplit une fois pour toutes dans le mystère de l’incarnation, de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu » (Dominus Iesus, 14).

Le salut n’est pas produit indépendamment par les différentes religions. Dieu peut agir dans le cœur de ceux qui n’appartiennent pas visiblement à l’Église, et des éléments de vérité et de bonté peuvent se trouver dans leurs traditions. Mais partout où la grâce est présente, c’est la grâce de Jésus-Christ. Partout où le salut est donné, il est donné par son Mystère pascal. Partout où la vérité est trouvée, elle participe de Celui qui est la Vérité incarnée.

L’Église ne peut donc pas parler comme si le Christ n’était qu’une contribution chrétienne à une conversation religieuse plus large. Il n’est pas une manifestation d’un mystère divin également accessible par des religions mutuellement contradictoires. Il est le Fils incarné en qui le mystère de Dieu a été révélé de manière définitive.

  1. Ce que signifie « estimer » les autres religions

L’affirmation de Nostra Ætate selon laquelle l’Église « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint » dans les autres religions doit être lue avec précision.

L’objet de l’affirmation de l’Église est ce qui est véritablement vrai et saint – non l’erreur en tant qu’erreur, l’idolâtrie en tant qu’idolâtrie, ou la fausse doctrine en tant que fausse doctrine. La vérité doit être reconnue parce que toute vérité vient ultimement de Dieu. La bonté morale doit être honorée parce que tout bien authentique reflète la bonté du Créateur.

Mais la présence de quelque vérité dans une religion ne rend pas cette religion vraie dans son ensemble.

Un système religieux peut préserver des vérités naturelles concernant Dieu, la prière, le jeûne, le sacrifice, la famille, la justice ou la vie morale, tout en niant simultanément la Trinité, l’Incarnation, la divinité du Christ, sa mort rédemptrice, sa Résurrection corporelle ou l’ordre sacramentel qu’Il a établi.

Des affirmations contradictoires ne peuvent pas être vraies au même sens en même temps. Jésus-Christ ne peut pas être et ne pas être le Fils de Dieu. Il ne peut pas être ressuscité corporellement des morts et ne pas l’être. L’Eucharistie ne peut pas être et ne pas être son Corps et son Sang. Dieu ne peut pas être la Sainte Trinité et ne pas l’être.

La charité n’exige pas de nous que nous fassions semblant que ces contradictions soient insignifiantes. Le respect authentique pour une autre personne exige l’honnêteté face à la vérité. Nous devons donc distinguer soigneusement trois choses :

Premièrement, toute personne humaine doit être traitée avec amour et vénération pour sa dignité inaliénable, donnée par Dieu.

Deuxièmement, tout ce qui est vrai et bon dans une autre tradition religieuse peut être reconnu et estimé.

Troisièmement, les erreurs concernant Dieu et le salut ne peuvent pas être louées, préservées ou traitées comme des révélations alternatives données par Dieu.

Nous respectons toutes les personnes sans condition. Nous affirmons la vérité partout où elle se trouve. Nous rejetons l’erreur parce que l’erreur ne sauve pas, et parce que l’amour souhaite pour chaque personne la plénitude de la vérité.

  1. Les autres religions sont-elles des « chemins de vérité » ?

La note rappelle un langage décrivant les fidèles d’autres religions comme des « compagnons de route sur le chemin de la vérité » et comme des « pèlerins de la vérité » avec lesquels les chrétiens partagent une partie du voyage. Ce langage exige une distinction essentielle.

Une personne peut chercher la vérité sans encore posséder la plénitude de la vérité révélée. Une personne peut répondre sincèrement à la lumière de la conscience et à la grâce que Dieu donne tout en se trompant sur des questions religieuses graves. En ce sens subjectif, nous pouvons reconnaître un autre être humain comme un chercheur ou un pèlerin.

Mais cela ne signifie pas que chaque religion est elle-même un chemin authentique établi par Dieu et menant au salut. La personne et le système religieux ne doivent pas être confondus.

Une personne peut être mue par la grâce tout en adhérant à des croyances contenant de graves erreurs. Dieu peut utiliser des fragments de vérité, des intuitions morales naturelles ou des prières authentiques comme préparations à la réception de l’Évangile. Mais c’est le Christ qui agit par cette grâce – non l’erreur religieuse elle-même.

L’Église enseigne que ceux qui, sans leur faute, ne connaissent pas le Christ ou son Église peuvent parvenir au salut s’ils cherchent sincèrement Dieu et répondent à la grâce. Pourtant, cette possibilité ne rend pas l’ignorance religieuse un bien salvifique. Elle ne rend pas non plus l’évangélisation inutile.

Le Catéchisme enseigne : « Bien que Dieu puisse, par des voies qui Lui sont connues, amener à la foi, sans laquelle il est impossible de Lui plaire, ceux qui, sans leur faute, ignorent l’Évangile, l’Église a cependant le devoir, et aussi le droit sacré, d’évangéliser tous les hommes » (Catéchisme de l’Église catholique, 848).

Nous pouvons donc marcher aux côtés des personnes d’autres religions dans l’amitié civique, les œuvres de miséricorde, la défense de la dignité humaine et la recherche de la paix. Nous pouvons écouter leurs voix et chercher à nous comprendre mutuellement. Mais nous ne pouvons pas affirmer que des systèmes religieux qui nient le Christ sont des chemins parallèles de vérité révélée.

Nous marchons aux côtés des autres non pas parce que le Christ est superflu, mais dans l’espérance que chaque personne puisse Le rencontrer.

  1. Dialogue et proclamation ne doivent pas être séparés

La note reconnaît à juste titre que le dialogue et la proclamation appartiennent à la mission de l’Église. Elle affirme également qu’ils sont inséparables.

Pourtant, certaines de ses expressions risquent d’obscurcir cette indissociabilité. En particulier, le paragraphe 46 dit que le missionnaire, après avoir témoigné de l’amour du Christ, « se contente d’attendre » que les autres s’enquièrent de cet amour.

La patience et le respect de la liberté sont indispensables. La conversion ne doit jamais être forcée. La foi ne peut pas être produite par la manipulation. Néanmoins, se contenter d’attendre une demande n’est pas une conception adéquate de la mission apostolique. Les Apôtres n’ont pas attendu que les nations viennent à eux.

Saint Pierre s’est tenu publiquement et a proclamé le Christ crucifié et ressuscité, appelant ses auditeurs à la repentance et au baptême (Actes 2, 22-41). Saint Paul est entré dans les synagogues et les lieux publics, raisonnant et prêchant. Il a annoncé le Christ à Athènes, Corinthe, Éphèse et Rome. Il a supplié ses auditeurs de se réconcilier avec Dieu.

Il l’a fait parce que : « L’amour du Christ nous presse » (2 Corinthiens 5, 14).

Et encore : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile ! » (1 Corinthiens 9, 16).

Le dialogue peut précéder la proclamation, l’accompagner, lever les obstacles à la proclamation ou aider les chrétiens à comprendre comment mieux proclamer. Il ne peut pas remplacer définitivement la proclamation.

Le pape saint Jean-Paul II a enseigné : « Le dialogue interreligieux fait partie de la mission d’évangélisation de l’Église. Compris comme une méthode et un moyen de connaissance et d’enrichissement mutuels, le dialogue ne s’oppose pas à la mission ad gentes ; bien au contraire, il a des liens particuliers avec cette mission et en est une des expressions » (Redemptoris Missio, 55).

Le même pontife a averti que le dialogue ne dispense pas l’Église de proclamer Jésus-Christ et d’inviter les autres à recevoir la plénitude de la Révélation.

Le dialogue devient perverti lorsque la paix entre les religions est achetée au prix du silence sur le Christ. Un dialogue dans lequel les chrétiens sont libres de discuter de fraternité, d’écologie, de migration ou de justice sociale, mais implicitement interdits d’appeler les autres à la foi en le Christ, n’est pas un dialogue pleinement chrétien. C’est le confinement du christianisme dans les limites établies par le pluralisme religieux.

L’Église entre dans le dialogue en tant qu’Église de Jésus-Christ. Elle ne peut pas mettre son identité entre parenthèses.

  1. Le prosélytisme n’est pas la même chose que l’évangélisation

Beaucoup de confusion provient du mot « prosélytisme ».

Si le prosélytisme signifie chercher des adeptes par la coercition, la tromperie, la pression politique, les menaces, les avantages matériels, l’exploitation de la pauvreté ou le manque de respect pour la conscience, il doit être rejeté.

Nul ne peut être forcé d’accepter la foi. Dieu veut un acte de foi libre, et l’Église défend la liberté religieuse de chaque personne. Mais dans l’usage contemporain, le terme « prosélytisme » est parfois employé de manière si large qu’il semble inclure tout effort délibéré de persuader une autre personne de la vérité de la foi catholique ou de l’inviter à la conversion.

Une telle utilisation est inacceptable.

Ce n’est pas un prosélytisme condamnable que de :

  • Proclamer que Jésus-Christ est Seigneur ;

  • Expliquer pourquoi la foi catholique est vraie ;

  • Défendre la foi contre les objections ;

  • Inviter une personne à la repentance et à croire en l’Évangile ;

  • Encourager la participation à la messe ou à l’instruction chrétienne ;

  • Inviter une personne non baptisée à recevoir le baptême ;

  • Inviter un baptisé non catholique à entrer en pleine communion avec l’Église catholique ;

  • Prier et offrir des sacrifices pour la conversion de ceux qui ne connaissent pas le Christ.

Ces activités relèvent de l’évangélisation lorsqu’elles sont menées avec vérité, charité et sans coercition.

L’affirmation du paragraphe 54 selon laquelle considérer le prosélytisme comme « le seul moyen d’engager le dialogue avec l’autre » n’a plus de sens peut raisonnablement être comprise comme un rejet d’une forme agressive ou manipulatrice d’interaction. Elle ne peut pas être comprise comme déclarant que la conversion n’est plus un espoir ou un but légitime de la mission chrétienne.

L’Église ne cherche pas des convertis comme des trophées, des atouts politiques ou des preuves de puissance institutionnelle. Elle cherche la conversion des âmes parce qu’elle souhaite que chaque personne partage la vie du Christ.

Désirer la conversion d’une autre personne n’est pas un acte d’agression. Bien compris, c’est un acte de charité surnaturelle.

  1. La liberté religieuse ne signifie pas l’indifférentisme religieux

L’Église défend la liberté religieuse parce que les êtres humains doivent être libres de toute contrainte en matière religieuse. La liberté religieuse concerne l’immunité contre la coercition exercée par des individus, des groupes sociaux ou l’État. Elle ne signifie pas que toutes les religions sont également vraies.

Le droit d’une personne à être libre de toute contrainte n’établit pas la vérité de tout ce que cette personne croit. Un catholique peut défendre la liberté civile d’un musulman, d’un hindou, d’un bouddhiste, d’un juif, d’un athée ou d’un membre d’une autre religion tout en continuant à professer que Jésus-Christ est l’unique Sauveur et que la plénitude de la vérité révélée subsiste dans l’Église catholique.

La liberté concerne la manière dont la foi est embrassée. Elle n’abolit pas l’obligation morale de chercher et d’adhérer à la vérité religieuse.

Dignitatis humanæ enseigne que tous les hommes sont tenus de chercher la vérité, en particulier ce qui concerne Dieu et son Église, et, une fois la vérité connue, « de l’embrasser et de s’y tenir fermement » (Dignitatis humanæ, 1).

La liberté religieuse et la proclamation missionnaire ne sont donc pas des ennemies. La coercition viole la dignité humaine ; la proclamation s’adresse à la liberté humaine et l’appelle vers la vérité.

  1. L’Esprit Saint et les religions non chrétiennes

La note affirme que l’Esprit Saint est à l’œuvre dans l’histoire humaine et au sein des cultures et religions diverses des peuples. Cela aussi doit être compris avec soin.

L’Esprit Saint peut agir dans chaque cœur humain. Il peut éveiller des questions, exposer le vide du péché, inspirer la repentance, renforcer le désir de vérité et préparer une personne à recevoir le Christ. Il n’est pas limité par les frontières visibles de l’Église.

Mais l’Esprit Saint ne contredit jamais le Fils.

L’Esprit n’inspire pas le déni de la divinité du Christ, le rejet de l’Incarnation, la répudiation de la Croix ou le refus de l’Évangile. Il peut agir au sein d’une personne malgré de telles erreurs, attirant cette personne vers une vérité plus complète. Cela ne signifie pas qu’Il veut positivement ces erreurs.

La présence de l’Esprit parmi les nations est missionnaire et christologique. Il prépare l’humanité pour le Christ, conforme les âmes au Christ et incorpore les croyants au Corps du Christ. Comme l’enseigne Notre-Seigneur : « Quand viendra l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière… Il me glorifiera » (Jean 16, 13-14).

Tout appel à l’Esprit Saint qui rend le Christ superflu est contraire à la mission révélée de l’Esprit.

  1. Antisémitisme, sionisme et État moderne d’Israël

La condamnation sans équivoque de l’antisémitisme par l’Église doit être affirmée sans réserve. La haine, la persécution ou la suspicion dirigées contre le peuple juif parce qu’il est juif constituent une grave violation de la dignité humaine et un péché contre la charité et la justice. L’histoire terrible de la violence antisémite, culminant dans la Shoah, ne doit jamais être oubliée, minimisée ou répétée.

Cependant, la condamnation de l’antisémitisme ne doit pas être manipulée pour devenir un soutien au sionisme politique ou une défense inconditionnelle de l’État moderne d’Israël.

Plusieurs réalités doivent être soigneusement distinguées : le peuple juif, la religion juive, l’Israël de la Révélation biblique, différentes formes de sionisme politique et l’État contemporain d’Israël. Ces réalités sont historiquement liées, mais elles ne sont pas identiques. Les confondre produit de graves erreurs théologiques et morales.

L’État moderne d’Israël est un État politique. Il doit être jugé selon les mêmes principes de loi morale naturelle, de justice, de dignité humaine, de défense légitime et de protection de la vie innocente qui s’appliquent à tout autre État. Il ne possède aucune exemption divine du jugement moral.

Les promesses bibliques faites à Israël ne peuvent pas être invoquées comme une autorisation théologique globale des politiques, revendications territoriales, actions militaires ou traitements des autres peuples entrepris par un gouvernement moderne. Aucun État contemporain ne peut prétendre que ses actions échappent au jugement moral au nom d’un statut religieux privilégié.

L’Église reconnaît la relation unique et permanente du peuple juif avec l’histoire du salut. Saint Paul enseigne qu’il reste aimé à cause des patriarches et que « les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11, 28-29). Ce mystère doit être abordé avec humilité, vénération et une attention scrupuleuse à l’ensemble de l’Écriture sainte.

Mais le caractère irrévocable des dons de Dieu n’établit pas deux alliances parallèles de salut, l’une par Jésus-Christ et l’autre en dehors de Lui. Il n’identifie pas non plus l’État moderne d’Israël avec l’Église ou ne confère pas à cet État le statut théologique du peuple messianique de Dieu.

Jésus-Christ a inauguré la Nouvelle Alliance par son Sang. En Lui, les promesses faites à Israël atteignent leur accomplissement et sont ouvertes à toutes les nations. Ceux qui appartiennent au Christ – qu’ils soient juifs ou païens – sont rassemblés en un seul Corps.

« Il n’y a plus ni Juif ni Grec… car vous êtes tous un en Jésus-Christ. Et si vous êtes au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse » (Galates 3, 28-29).

L’Église est le nouveau et universel peuple de Dieu, composé non selon la race, la nationalité ou la citoyenneté politique, mais par l’incorporation au Christ. Comme l’écrit saint Pierre aux baptisés : « Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis » (1 Pierre 2, 9).

Cet accomplissement ne doit pas être exprimé comme un mépris pour le peuple juif ou comme si Dieu était devenu infidèle à ses promesses. Mais le mystère permanent d’Israël ne peut pas non plus être transformé en une théologie politique qui traiterait un État-nation moderne comme sacré, au-dessus de toute critique ou automatiquement justifié en tout.

Aucun gouvernement n’est au-dessus de la loi de Dieu.

Les Israéliens possèdent une dignité humaine inviolable. Les Palestiniens possèdent la même dignité humaine inviolable. Les civils juifs ne peuvent jamais être traités comme des cibles légitimes en raison de la conduite de leur gouvernement. Les civils palestiniens ne peuvent jamais être traités comme des victimes jetables en raison de la conduite d’organisations terroristes.

Le meurtre de civils, le terrorisme, la prise d’otages, la violence indiscriminée, les punitions collectives, les déplacements forcés et la privation délibérée des nécessités de la vie ne peuvent être justifiés par l’ethnie, la religion, les souffrances historiques, les revendications territoriales ou les affirmations de sécurité nationale.

Les souffrances passées d’un peuple n’autorisent pas son gouvernement à infliger l’injustice à un autre peuple. Ni les injustices subies par les Palestiniens ne justifient l’antisémitisme ou la violence contre les Juifs.

Les catholiques doivent donc rejeter deux distorsions opposées : l’antisémitisme, qui attribue une culpabilité collective ou une malveillance aux Juifs, et un sionisme chrétien inconditionnel, qui transforme l’allégeance politique envers l’État d’Israël en une prétendue exigence de la foi biblique.

La critique de politiques ou d’actions militaires particulières du gouvernement israélien n’est pas, en soi, de l’antisémitisme. Elle devient antisémite lorsqu’elle attribue une culpabilité collective aux Juifs, emploie la haine ou des stéréotypes raciaux, nie la dignité humaine des Juifs ou excuse la violence contre eux.

La même norme morale doit être appliquée à la haine anti-palestinienne et au discours qui minimise les vies, les droits ou les souffrances des Palestiniens. Ni les souffrances juives ni les souffrances palestiniennes ne peuvent être traitées comme moralement insignifiantes.

L’Église ne doit pas permettre que la lutte nécessaire contre l’antisémitisme étouffe un jugement moral légitime. Une amitié authentique n’exige pas l’aveuglement moral. Le respect pour chaque peuple exige que la même loi morale soit appliquée à tous.

L’Église ne se tient ni avec la haine ethnique ni avec l’idolâtrie politique. Elle se tient avec la vérité, la justice, les innocents et la paix qui ne peut être fondée que sur la reconnaissance de la dignité de chaque personne humaine.

  1. L’autorité d’une note du Vatican

Les fidèles doivent aussi comprendre la nature du document en discussion.

Une note émise par des dicastères et approuvée pour publication par le Pontife romain mérite une attention sérieuse et respectueuse. Elle ne doit pas être traitée avec mépris. En même temps, une telle note n’est pas identique en autorité à l’Écriture sainte, à une définition infaillible, à une constitution conciliaire solennelle ou à l’enseignement constant et universel de l’Église.

Les documents de l’Église doivent être interprétés selon la hiérarchie des vérités et en continuité avec le dépôt de la foi.

Aucune phrase isolée ne peut être interprétée comme renversant :

  • Le mandat missionnaire du Christ ;

  • Le dogme selon lequel Jésus-Christ est l’unique et universel Sauveur ;

  • La nécessité de la foi et du baptême ;

  • L’institution divine de l’Église ;

  • La nature missionnaire de l’Église ;

    • Ou l’obligation d’évangéliser tous les peuples.

  • Lorsqu’un texte ultérieur peut recevoir une interprétation orthodoxe, les catholiques doivent le lire en harmonie avec l’Écriture et la Tradition. Lorsqu’un passage est ambigu, l’ambiguïté doit être clarifiée par ce que l’Église a enseigné de manière constante.

    Une expression ne peut pas acquérir un sens orthodoxe simplement parce qu’elle apparaît dans un document ecclésiastique. Son sens doit se conformer à la foi une fois pour toutes transmise aux saints.

    1. Principes pastoraux pour un témoignage catholique fidèle

    Puisqu’un évêque ne doit jamais se considérer comme libéré du devoir d’enseigner la vérité, de défendre le dépôt de la foi, de mettre en garde contre les erreurs qui mettent en danger les âmes et d’encourager les fidèles à rester fermes dans le Christ, je propose donc les principes pastoraux suivants comme exhortation épiscopale aux catholiques de notre nation et à tous ceux qui désirent rester fidèles au mandat missionnaire de Jésus-Christ :

    • Tout effort catholique de dialogue interreligieux doit être fondé sur l’aveu sans ambiguïté que Jésus-Christ est l’unique et universel Sauveur de l’humanité.

    • Les autres religions ne doivent pas être présentées comme des chemins parallèles de salut ou comme des révélations alternatives possédant une autorité divine égale.

    • Les éléments authentiques de vérité et de bonté trouvés dans d’autres traditions religieuses peuvent être reconnus. En même temps, les croyances qui contredisent la Révélation divine ne doivent pas être affirmées, traitées comme salvifiques en elles-mêmes ou délibérément dissimulées lorsque la clarté est requise.

    • Le dialogue ne doit jamais être utilisé pour décourager la conversion, le baptême, l’entrée en pleine communion avec l’Église catholique, l’apologétique, la catéchèse ou la proclamation explicite de l’Évangile.

    • Les catholiques qui participent au dialogue interreligieux doivent être profondément formés à l’Écriture sainte, à la Tradition sacrée et à l’enseignement autorisé de l’Église. L’ignorance de la foi catholique n’est pas de l’ouverture, et l’incertitude doctrinale n’est pas de l’humilité.

    • La coopération des personnes avec d’autres religions dans la défense de la dignité humaine, l’assistance aux pauvres, la recherche de la justice et la promotion d’une paix authentique est louable lorsqu’elle ne nécessite pas de compromis doctrinal ni ne crée de confusion religieuse.

    • Les catholiques doivent faire preuve d’une prudence particulière concernant la prière commune et la participation à des rites religieux non chrétiens. Rien ne doit être fait qui crée l’apparence que toutes les religions adorent Dieu de manière équivalente ou que leurs rites possèdent une valeur ou un salut égal.

    • Les évêques, prêtres, diacres, religieux, catéchistes, éducateurs et parents doivent expliquer clairement la différence essentielle entre le prosélytisme coercitif et l’évangélisation authentique.

    • Les institutions catholiques ne doivent jamais présenter la conversion comme une embarrassment, un acte d’hostilité, une forme d’agression culturelle ou un vestige d’une époque révolue. Inviter une autre personne, librement et avec amour, à connaître Jésus-Christ est un acte de charité.

    • Les catholiques doivent prier explicitement pour la conversion du monde, la diffusion de l’Évangile, le salut des âmes et le rassemblement de tous les peuples dans l’unité du Corps du Christ.

    • La condamnation nécessaire de l’antisémitisme par l’Église ne doit jamais être utilisée pour empêcher une critique morale légitime des politiques ou des actions de l’État d’Israël.

    • La critique de l’État d’Israël ne doit jamais attribuer une culpabilité collective aux Juifs, nier leur dignité humaine et leur sécurité légitime, employer des stéréotypes antisémites ou devenir un prétexte pour la haine ou la violence.

    • La même préoccupation chrétienne pour la justice doit défendre la dignité, la sécurité et les droits légitimes à la fois des Israéliens et des Palestiniens. La souffrance d’un peuple ne doit jamais être invoquée pour justifier l’indifférence envers la souffrance de l’autre.

    • Aucune idéologie politique, nation, gouvernement ou force militaire ne peut être traitée comme exemptée de la loi morale naturelle. Tout État et toute autorité politique se tient sous le jugement de Dieu.

    • Les catholiques doivent résister à toute tentative – qu’elle soit ecclésiale, culturelle ou politique – de séparer la charité de la vérité. La charité sans vérité devient de la sentimentalité ; la vérité sans charité devient une arme. Le témoignage chrétien authentique exige les deux.

    Je propose ces principes en accomplissement de la responsabilité placée sur chaque évêque de garder la foi apostolique et de proclamer la Parole « en temps opportun et en temps inopportun » (2 Timothée 4, 2). J’exhorte les fidèles à examiner toute proposition contemporaine concernant le dialogue religieux à la lumière de l’Écriture sainte, de la Tradition sacrée et de l’enseignement pérenne de l’Église.

    Aucun catholique ne devrait permettre qu’un désir mal placé d’acceptation sociale fasse taire le nom de Jésus-Christ. Aucun prêtre, enseignant ou parent ne devrait laisser ceux qui lui sont confiés dans l’incertitude quant à la nécessité du Christ, à la nature missionnaire de l’Église ou au devoir suprême de rechercher le salut des âmes.

    Nous devons parler avec charité, patience et humilité. Mais nous devons parler.

    1. La vérité et la charité ne peuvent être divisées

    L’Église rejette deux erreurs opposées dans ses relations avec les autres religions.

    La première est l’hostilité : le mépris pour ceux qui croient différemment, la coercition, la moquerie, la discrimination ou la violence. Une telle conduite contredit la dignité de la personne humaine et la charité du Christ.

    La seconde est l’indifférentisme : l’affirmation que les différences religieuses sont finalement sans importance, que toutes les religions sont également voulues par Dieu comme chemins de salut, ou que l’invitation à la conversion est superflue ou offensante.

    Le chemin catholique n’est ni l’hostilité ni l’indifférentisme. C’est la vérité dans la charité.

    Nous respecterons ceux qui croient différemment. Nous défendrons leur dignité humaine et leur liberté légitime. Nous écouterons patiemment, coopérerons dans des causes justes, corrigerons l’erreur sans mépris et refuserons toute forme de coercition. Mais nous ne nous tairons pas au sujet de Jésus-Christ.

    Nous ne dissimulerons pas sa divinité pour faciliter le dialogue. Nous ne parlerons pas comme si la Croix n’était qu’un symbole chrétien parmi d’autres. Nous ne réduirons pas l’évangélisation à un bon exemple sans proclamation. Nous ne traiterons pas le baptême comme superflu, l’Église comme facultative ou la conversion comme une violation de la fraternité.

    La fraternité la plus profonde n’est pas atteinte en retenant la vérité qui sauve.

    Nous n’autoriserons pas non plus que le dialogue interreligieux devienne un instrument de faveur politique. Nous condamnerons l’antisémitisme sans renoncer au droit et au devoir de juger les actions de l’État d’Israël selon la loi morale. Nous défendrons le peuple juif contre la haine tout en défendant aussi la dignité et les vies des Palestiniens. Nous n’autoriserons pas que la souffrance d’un peuple nous rende aveugles à la souffrance de l’autre.

    Les Apôtres n’ont pas donné leur vie pour la proposition selon laquelle toutes les religions sont différentes expressions de la même quête. Les martyrs sont morts parce qu’ils confessaient un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême et un seul nom salvifique : Jésus-Christ.

    Le monde n’a pas besoin d’une Église honteuse de l’Évangile. Il a besoin d’une Église consumée par l’amour du Christ et, par conséquent, consumée par l’amour des âmes.

    Écoutons à nouveau les paroles de saint Paul : « Pour le Christ, nous sommes donc ambassadeurs, et Dieu exhorte par nous : nous vous en supplions au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Corinthiens 5, 20).

    Cet appel reste la mission de l’Église. Il restera tel jusqu’à ce que le Christ revienne dans la gloire.

    Confiant toutes les nations à l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, Étoile de l’évangélisation, et à la protection des saints Apôtres Pierre et Paul, je reste

    En Jésus-Christ,

    Mgr Joseph E. Strickland