Conformément à l’accord secret du Vatican avec la Chine, un nouvel évêque de Chongqing a été consacré aujourd’hui pour ce siège, après avoir été élu par l’Église d’État en avril.
Comme l’a annoncé l’Office de presse du Saint-Siège le 8 septembre, Andrea Ding Yang a été consacré ordinaire du siège de Chongqing. Il avait été élu par l’Association patriotique catholique chinoise (APCC) – l’Église d’État fidèle à Pékin et à l’idéologie communiste – le 15 avril, puis nommé par le pape Léon XIV le 28 juillet.
L’annonce du Vatican précisait que le nouvel évêque avait été approuvé par le Saint-Père dans le cadre des termes de l’accord conclu entre le Saint-Siège et la Chine concernant la nomination des évêques. Comme à l’accoutumée, les informations communiquées par l’APCC ne faisaient aucune mention de la nomination de Yang par Léon, puisque l’Église d’État ne reconnaît pas l’autorité du Saint-Siège.
Autre constante : les versions divergentes des faits avancées par le Vatican et par Pékin au sujet du nouvel évêque. Âgé de 45 ans la semaine prochaine, Yang a été ordonné en mai 2007 après avoir étudié au séminaire national de Pékin.
Selon le Vatican, il a passé un an à étudier à l’Université pontificale de la Sainte-Croix à Rome à partir de mars 2014 – une information que l’APCC n’a pas mentionnée.
Ce que le Vatican n’a pas précisé, en revanche, c’est l’étroite collaboration de Yang avec l’Église d’État, laquelle ne reconnaît pas l’autorité du pape. L’APCC a en effet souligné que Yang occupe les fonctions de secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques approuvés par l’État, tout en étant vice-président des « Deux Sessions » catholiques de Chongqing et secrétaire général du Comité des affaires académiques.
Le nouvel évêque est donc un homme parfaitement initié à la politique de sinisation imposée par Pékin et appliquée par l’APCC. Des experts de la Chine mettent en garde : celle-ci vise à ce que « toutes les communautés religieuses soient dirigées par le Parti, contrôlées par le Parti et [[IMG_1]] ». Au cœur même de la sinisation se trouve donc le rejet du catholicisme et l’acceptation des idéologies communistes.
Une autre divergence porte sur la nature même du siège épiscopal. La Chine ne reconnaît pas les archidiocèses métropolitains et ne considère Chongqing que comme un diocèse. À l’inverse, le Saint-Siège l’a qualifié d’archidiocèse dans son communiqué de presse.
Le siège de Chongqing possède une histoire complexe et a été vacant pendant de nombreuses années. Il a également connu une série d’évêques fidèles uniquement à l’État, dont la consécration n’a pas été approuvée par Rome. Son histoire épiscopale récente témoigne de la tension entre l’Église approuvée par l’État, qui exerce son pouvoir, et l’Église souterraine, qui lutte pour sa survie.
Mgr Shi Mingliang a occupé le siège de 1963 à 1978, ayant été consacré sans l’approbation du Vatican. Il a été remplacé par Mgr Simon Liu Zongyu, consacré en 1981 également sans l’aval de Rome. Puis est venu Mgr Pierre Luo Beizhan, consacré en 1993 et décédé en 2001. Un autre évêque est également mentionné : Mgr Joseph Hou Guoyang, consacré en 1989, mais dont la nomination a été déclarée invalide par le Saint-Siège, celui-ci étant marié.
Les partisans de l’accord sino-vatican de 2018 verront donc dans la consécration d’aujourd’hui une étape positive, puisqu’elle comble un siège vacant de longue date, au grand satisfecit de Rome et de Pékin. Le remplissage de tels sièges vacants était l’un des objectifs annoncés de l’accord, bien que celui-ci soit officiellement resté secret.
La consécration de Yang intervient quelques jours seulement après celle [[IMG_2]] de Mgr Paul Liu Honggang comme évêque du diocèse de Datong, après avoir été confirmé par le pape Léon dans le cadre des termes de l’accord sino-vatican.
En effet, Léon XIV semble s’être particulièrement investi dans l’approbation d’évêques conformément aux dispositions de l’accord. La prochaine révision n’étant prévue qu’en 2028, lorsque l’accord aura dix ans, cette tendance devrait se poursuivre.
Mais, comme l’a récemment rapporté La Croix [[IMG_3]], l’Église souterraine a donné un signe révélateur de l’échec de l’accord sino-vatican. Des évêques sont consacrés en secret pour la communauté souterraine, avec au moins dix consécrations dans la seule province du Fujian depuis la signature de l’accord. Un correspondant nous a confié que nombre de ces consécrations ont eu lieu au cours de l’année écoulée.
La raison de cette initiative est de préserver la foi, selon l’évêque souterrain qui a révélé ces consécrations secrètes. C’est par crainte que « l’intégrité de la foi catholique ne soit compromise » en raison de l’influence croissante des responsables communistes que ces consécrations secrètes ont eu lieu, afin « d’assurer la survie de l’Église en Chine ».
Depuis que cette nouvelle a été rendue publique à la fin du mois d’août, le Vatican n’a fait aucun commentaire public ni répondu à la demande d’interview formulée par La Croix à ce sujet.
L’évêque souterrain a mis en garde : le Saint-Siège risque de perdre son autorité morale au sein de l’Église souterraine, les catholiques ne faisant plus confiance au Vatican pour agir dans leur meilleur intérêt : « Ils se demandent : qui est le pape en Chine ? Xi Jinping ou le pape Léon XIV ? »
Depuis la signature de l’accord en 2018, des experts de la Chine n’ont cessé de mettre en garde contre ses lacunes, et des groupes de défense des droits de l’homme ont documenté que la persécution des chrétiens s’est intensifiée en conséquence directe de cet accord. Malgré cela, le Vatican continue de soutenir fermement cet accord.
Michael Haynes