Léon XIV n'a pas hésité à récompenser ses fidèles qui protègent leurs confrères ecclésiastiques. Il a accepté la démission de l'archevêque de Denver, Sam Aquila, et a installé James R. Golka comme son successeur. Golka, nommé évêque de Colorado Springs par François en 2021, a été remarqué par les médias espagnols pour ses « proches convictions idéologiques » avec le pape François. Autrement dit, le choix de Léon XIV est avant tout un candidat de la continuité, et non un réformateur. Pourtant, le parcours de Golka est loin d'être irréprochable. Il était au cœur d'un complot visant à faire taire les victimes d'abus et à protéger les puissants. Cette nomination ouvertement partisane confirme les pires craintes des catholiques : la papauté post-conciliaire récompense la loyauté et la dissimulation plutôt que la vérité et la charité.
La saga Coronado et Chiclayo
Bien avant sa promotion à Denver, l'évêque Golka s'est retrouvé mêlé à l'affaire controversée de Ricardo Coronado-Arrascue, un canoniste péruvien qui avait osé représenter des victimes d'abus. Coronado avait été vicaire judiciaire et chancelier sous l'autorité de Golka à Colorado Springs. En mai 2022, il a démissionné de ces fonctions sous la pression (un accord secret a été conclu). En juin 2023, le diocèse a annoncé de vagues « accusations » contre lui et l'a immédiatement suspendu de ses fonctions. Sans préciser aucun acte répréhensible, les autorités ecclésiastiques ont réduit au silence un canoniste au moment même où il osait dénoncer une tentative de dissimulation d'abus.
Considérons la chronologie :
Mai 2022 : Coronado quitte ses bureaux de Colorado Springs ; un accord est signé.
Juin 2023 : Le diocèse révèle des accusations non divulguées contre Coronado ; il est suspendu sans explication.
Novembre 2023 : Coronado poursuit le diocèse et l’évêque Golka pour rupture de contrat et diffamation (suite au mystérieux accord de 2022) ; ces poursuites civiles sont ultérieurement rejetées.
6 mai 2024 : Coronado est engagé comme avocat par trois survivants des abus de Chiclayo, pour les défendre contre le père Eleuterio « Lute » Vásquez Gonzales, qui, de l'avis général, a admis les abus.
31 mai 2024 : L’évêque Golka publie un décret (consulté par El País ) plaçant Coronado sous « enquête canonique », lui interdisant ainsi d’exercer la fonction de juriste ecclésiastique. Dans sa lettre, Golka reproche à Coronado d’être « inapte au bien-être des fidèles » et l’accuse de tactiques d’intimidation « sans fondement et frivoles ». Par ce signal de l’évêque américain choisi par Léon XIV, Coronado est publiquement présenté comme « désobéissant », ouvrant la voie à sa destitution par l’Église.
Août 2024 : Les évêques péruviens interdisent immédiatement à Coronado d'exercer le droit canonique après l'ouverture d'une procédure pénale l'accusant d'inconduite sexuelle avec un adulte (accusations qu'il nie).
19 décembre 2024 : Le Vatican réduit à l’état laïc (dépose) Coronado pour « inconduite et comportement incompatible avec la vie sacerdotale ». Fin 2024, l’Église avait agi « avec une rapidité surprenante » pour purger ce prêtre autrefois respecté, devenu désormais un obstacle pour l’institution.
Tout au long de cette période, Coronado a affirmé être « victime d’une campagne ciblée » menée par les autorités péruviennes et romaines, insistant sur le fait que les femmes étaient venues le voir de leur propre initiative. Autrement dit, les personnes au pouvoir le traitaient comme un ennemi pour avoir pris la défense des victimes de violences.
Le droit canonique comme arme
L'affaire Coronado illustre comment le droit canonique, censé être le garant de la justice, est détourné pour servir à punir les vertueux et à protéger les puissants. Le décret de Mgr Golka du 31 mai 2024 a déclaré Coronado « inapte » sans procès ni verdict formel. Ce prétexte a été utilisé pour écarter un canoniste formé au Vatican au moment même où il défendait les victimes, réduisant ainsi au silence toute voix ecclésiastique en faveur des personnes abusées. Le délégué de l'Église dans cette affaire a résumé sans ambages l'enquête canonique précédente (menée sous Mgr Prévost, aujourd'hui Léon XIV) comme « une farce… très mal faite, truffée d'erreurs et d'une grande superficialité ».
Pourtant, le Vatican a persisté dans ses erreurs passées en invoquant la prescription civile ; une décision que le délégué a qualifiée d’« extrêmement étrange », étant donné que le droit canonique possède ses propres règles de prescription que François a abolies à plusieurs reprises dans les affaires d’abus. En bref, Rome a laissé la prescription civile exonérer le crime sexuel, puis a utilisé son appareil canonique pour destituer Coronado, le tout sans examiner correctement les preuves. Les associations de défense des victimes n’ont pas été entendues ; au contraire, elles ont été réduites au silence comme si elles étaient les agresseurs.
À chaque étape, la justice semble avoir déserté les lieux. Infovaticana rapporte que même des inspecteurs internes du Vatican ont admis que l'enquête était « superficielle » et entachée d'erreurs de procédure. Les autorités ecclésiastiques invoquent désormais une « enquête canonique » factice pour neutraliser Coronado, mais le moment choisi révèle clairement leur objectif : protéger l'agresseur et la réputation de l'institution en éliminant toute menace. Comme le souligne un observateur catholique, le décret de Golka est intervenu « moins d'un mois » après que Coronado a pris en charge le dossier des victimes ; un délai loin d'être respecté. Le résultat est une justice inversée : un prêtre accusé (Lute) a été acquitté, tandis que l'avocat de la victime a été ruiné.
Au-delà des gros titres : ce que cela signifie pour l'Église
Pour les catholiques fidèles, ces événements confirment une tendance inquiétante. Tout d'abord, la hiérarchie ecclésiastique favorise les compromis. Mgr Golka, désormais archevêque élu de Denver, a publiquement affirmé sa fidélité à la « vision » de Léon XIV et sa volonté de poursuivre l'approche de François. Interrogé par un journaliste de Denver7 sur la possibilité d'une rupture avec François suite à l'élection de Léon XIV, Mgr Golka a répondu avec désinvolture : « Certains voient en Léon XIV une rupture avec François… Je pense, quant à moi, qu'il s'agit de fidélité – Dieu pourvoit à l'Église selon ses besoins. »
En d'autres termes, Golka a indiqué qu'il défendrait la même orientation idéologique. Cette orientation, sur des questions telles que la communion pour les divorcés, les changements liturgiques ou l'œcuménisme, est bien connue. De fait, un média catholique a récemment souligné que le soutien apporté par Prevost à la communion des couples remariés sans repentance s'inscrit dans la lignée de l'enseignement « hétérodoxe » du pape François. En promouvant de tels hommes, Léon XIV (et son entourage) semblent déterminés à consolider l'héritage du pape François plutôt qu'à le corriger.
Deuxièmement, le système punit ceux qui dénoncent le péché. La punition infligée à Coronado n'avait rien à voir avec la sainteté ou la doctrine : il a été persécuté pour avoir défendu les victimes. L'instrumentalisation du droit est particulièrement révoltante. Le droit canonique avertit explicitement que « quiconque… sciemment contribue à la propagation de l'hérésie… est suspecté d'hérésie » (Code de 1917, canon 2316) ; or, dans les faits, c'est l'aide apportée aux victimes qui est ici considérée comme punissable. Le contraste est saisissant. L'élection même de Léon XIV a fait suite à une controverse digne d'une cour d'appel concernant des erreurs conciliaires antérieures (notamment Amoris Laetitia), où les défenseurs de l'orthodoxie ont exigé des comptes. Aujourd'hui, alors que certains évêques s'empressent de « réparer » la confusion doctrinale, ils semblent avoir choisi le mauvais camp dans les affaires d'abus.
Enfin, considérons le message que cela envoie quant à la moralité et à la vérité au sein de l'Église. De Jean-Paul II à François, tous les papes se sont engagés à défendre les innocents. Pourtant, le message véhiculé par la Rome de Léon XIII est clair : sauver la face prime sur le salut des âmes. Comme l'a reconnu un délégué de l'Église à propos de l'affaire de Chiclayo, « la colère des victimes est légitime » car les autorités ont agi avec « négligence, désintérêt et manque d'engagement ». Ces victimes et leur défenseur ne voient plus de compassion, mais une punition. Un tel renversement de la justice sape la crédibilité de l'Église : comment des pasteurs peuvent-ils prétendre à la guidance divine lorsqu'ils dogmatisent sur la communion tout en ignorant le sang des agneaux ?
Le portrait officiel de Léon XIV le présente comme un pape humble, à l'allure de pasteur. Pourtant, ses actes, qui encouragent la dissimulation et bafouent la conscience, suscitent une réaction diamétralement opposée. Nombre de catholiques, à la lecture de ces événements, s'interrogeront : peut-on faire confiance à cette hiérarchie pour préserver la foi ? La conscience exige vigilance. Le silence imposé à Coronado et la récompense de ses persécuteurs plongent le cœur même du pouvoir ecclésiastique dans l'horreur morale.
Conclusion
Cette affaire met à nu la corruption de l'Église conciliaire. Un évêque ayant contribué à neutraliser des victimes d'abus est promu à la tête d'un important archidiocèse ; un canoniste dévoué est discrédité sur la base d'accusations fabriquées de toutes pièces. Pendant ce temps, l'agresseur présumé continue d'exercer son ministère sacerdotal en toute impunité pendant des années. Ces contradictions révèlent une hiérarchie doctrinalement désorientée, canoniquement complice et moralement confuse. Pour les fidèles, la leçon est claire : nous devons prier pour que justice soit faite, rester humbles mais sans crainte de dire la vérité, et en définitive avoir confiance que la divine Providence, et non ce système défaillant, ramènera l'Église à la sainteté.