Une femme se tient au-dessus d'une disposition rituelle au sol à Cusco. Des feuilles de coca ont été distribuées. Les participants ferment les yeux et respirent selon les instructions. Le mois d'août, leur explique-t-elle, est le mois privilégié de la Terre Mère, qui les aime, les nourrit et doit être remerciée. Chacun doit souffler trois fois sur les feuilles avant de les déposer dans l'offrande. Plus tard, « Grand-Mère Feu » transportera leurs messages et leur rendra la sagesse.

Puis vient le tour du clergé.

Mgr Lizardo Estrada Herrera, évêque auxiliaire de Cusco et secrétaire général du CELAM, s'avance les feuilles au creux des mains et les dépose dans le récipient. Immédiatement derrière lui s'avance Mgr Jordi Bertomeu, officiel du Dicastère pour la Doctrine de la Foi et commissaire pontifical chargé de certaines des enquêtes les plus délicates de Rome en Amérique latine. Il accomplit la même offrande. Mgr Miguel Ángel Cadenas, évêque d'Iquitos, était également présent à ce rassemblement.

La vidéo ne consigne ni prière catholique, ni bénédiction, ni invocation de la Trinité. Le Christ est absent de ses paroles comme de ses gestes. L'ouverture spirituelle de la rencontre appartient à la Terre Mère et à Grand-Mère Feu. InfoVaticana a publié la vidéo⁠. La scène est laide, sans équivoque et impossible à justifier.

Les faits se sont déroulés les 13 et 14 août lors de la Rencontre macro-régionale Sud à Cusco, intitulée « Tisser des voix pour la dignité : pour les droits humains et le bien commun ». Cette réunion s'inscrivait dans le cadre des préparatifs de la visite de Léon XIV au Pérou en novembre.

Ainsi la voie a-t-elle été ouverte pour Léon par une offrande à la Pachamama.

Le rite que Vatican News a fait disparaître

Vatican News a publié un compte rendu long et soigné⁠ de la rencontre le 14 août. Les lecteurs y ont retrouvé le vocabulaire convenu : dignité, justice, paix, écoute, réconciliation, ponts, programmes partagés, bien commun. Mgr Estrada y était longuement cité. L'article présentait l'événement comme une étape de la préparation du voyage de Léon.

Les feuilles de coca se sont évanouies.

Tout comme le tribut à la terre, les trois insufflations rituelles, les offrandes de nourriture, la Terre Mère, Grand-Mère Feu et Bertomeu lui-même. L'officiel doctrinal qui s'était avancé sur la vidéo a tout bonnement cessé d'exister dans le compte rendu écrit du Vatican.

Cette omission est plus lourde de sens qu'une énième défense maladroite. Une défense admet au moins que les catholiques y voient un problème. La rédaction du Vatican a traité ce rite comme un déchet éditorial, une scorie à rogner tout en conservant le langage aimable qui l'enrobait. Soit ses rédacteurs ne savaient plus reconnaître un culte païen, soit ils l'ont parfaitement reconnu et ont compris que les simples fidèles s'en détourneraient avec effroi. Les deux hypothèses sont accablantes.

Le reste du rassemblement méritait la même lumière. Parmi les organisateurs figuraient la Commission épiscopale d'action sociale du Pérou et la Coordination nationale des droits de l'homme (CNDDHH), une organisation qui milite publiquement en faveur de l'avortement et de l'idéologie LGBT.

Une photographie montrait des participants tenant un drapeau transgenre.

Le matériel des ateliers traitait de la « santé intégrale » pour les personnes transgenres et non binaires.

La déclaration finale réclamait des politiques d'égalité de genre et une « éducation sexuelle intégrale » dans les écoles, s'engageait à préserver la Pachamama et demandait à Léon de porter ces revendications auprès du gouvernement péruvien et des autres autorités publiques. Le document lui a été officiellement transmis, selon la déclaration lue lors de la réunion. Michael Hichborn a réuni les preuves⁠, y compris les publications et vidéos des organisateurs eux-mêmes.

Le rite païen a conféré à la salle son atmosphère sacrée. Un programme politique a suivi sous le parrainage épiscopal, glissant l'idéologie sexuelle et l'endoctrinement scolaire sous les yeux de Léon sous le sceau de la « dignité humaine ».

C'est cette alliance qui constitue le cœur de l'affaire.

La photographie que Rome refuse d'aborder

La photographie en noir et blanc de Robert Prevost agenouillé lors d'un rite à la Pachamama provient des actes officiels d'un symposium théologique augustinien tenu à São Paulo du 23 au 28 janvier 1995. L'ouvrage a été publié l'année suivante sous le titre Écothéologie : une perspective de saint Augustin.

Sa légende fournit l'identification dont les apologistes aimeraient tant qu'elle soit dépourvue :

« Célébration du rite de la Pachamama (Terre Mère), qui est un rite agricole offert par les cultures de la région sud-andine au Pérou et en Bolivie. »

LifeSiteNews a rapporté⁠ que trois prêtres augustins ont, de manière indépendante, identifié l'homme agenouillé comme étant Prevost, bien qu'aucun des trois n'ait assisté au rite. D'autres photographies figurant dans les mêmes actes attestent de la présence de Prevost au symposium, et les comparaisons avec des publications augustiniennes de l'époque corroborent cette identification. Sollicité pour un commentaire, le Bureau de presse du Saint-Siège n'en a donné aucun.

Prevost avait alors 39 ans. Il était déjà titulaire d'un doctorat en droit canonique. La propre biographie officielle du Vatican⁠ indique qu'au cours de cette période, il exerçait au Pérou comme formateur d'augustins, professeur au séminaire en droit canonique, patristique et théologie morale, vicaire judiciaire et administrateur paroissial. Il ne s'agissait nullement d'un adolescent désemparé entraîné dans une danse folklorique. Il avait la charge de former les futurs prêtres.

Pourtant, le corps de presse catholique semble étrangement désintéressé. Des mois ont passé depuis l'apparition de la photographie en mars. La question évidente demeure absente de tout échange public avec Léon : Que faisiez-vous là, Père Prevost ?

Un scandale public exige une réparation publique. Le silence laisse l'acte extérieur subsister devant le monde entier.

François a fourni l'alibi

Les organisateurs de Cusco n'ont pas inventé cette immunité ecclésiastique. François en a fait la démonstration à Rome.

Le 4 octobre 2019, des figurines en bois représentant des femmes enceintes nues occupaient le centre d'une cérémonie indigène dans les jardins du Vatican, à l'approche du Synode sur l'Amazonie. Des participants se sont agenouillés et prosternés autour de cette mise en scène. François est resté assis, mais son rôle a été décisif : l'une des statuettes lui a été présentée et il a esquissé une bénédiction alors qu'elle était tenue devant lui⁠. Ces effigies sont apparues plus tard dans des processions et à l'intérieur de l'église Santa Maria in Traspontina, située près de Saint-Pierre.

Deux hommes finirent par retirer les statuettes pour les jeter dans le Tibre. François réagit personnellement après que la police italienne les eut repêchées. Ses paroles officiellement transcrites⁠ méritent d'être rappelées avec exactitude. Il les qualifia de « statues de la pachamama », affirma qu'elles avaient été exposées « sans intentions idolâtres », demanda pardon à ceux qui avaient été offensés par leur enlèvement et salua leur récupération comme une bonne nouvelle.

Remarquez l'inversion. Les excuses papales sont allées aux défenseurs des statuettes. Les catholiques scandalisés par leur introduction dans une église consacrée ont eu droit à des leçons sur l'intolérance. Dieu, dont le Premier Commandement avait été traité comme une note de bas de page embarrassante, n'a reçu aucun acte public de réparation de la part de François.

L'expression « sans intentions idolâtres » est devenue la clé universelle. Dès lors que l'intention est rendue souveraine, presque n'importe quel acte extérieur peut être blanchi. Inclinez-vous, soufflez sur les feuilles, invoquez la Terre Mère, demandez la sagesse à Grand-Mère Feu, puis expliquez que votre cœur ne visait que le dialogue.

Même l'actuel Catéchisme de l'Église catholique ferme cette issue de secours. Il enseigne que la moralité d'un acte dépend de son objet, de son intention et de ses circonstances ; une intention louable ne saurait rendre bon un acte intrinsèquement désordonné⁠. Son enseignement sur le Premier Commandement stipule clairement que l'homme ne peut ni croire en d'autres divinités ni les vénérer. Saint Paul était encore plus direct : « Ce qu'on immole, on l'immole à des démons, et non à Dieu » (1 Corinthiens 10, 20).

Les martyrs romains l'avaient compris. Une pincée d'encens semblait dérisoire au magistrat. Pour le chrétien, elle revêtait une signification objective, quelle que fût la réserve intérieure qu'il tentait de garder dans son esprit. Les nouveaux théologiens de Rome ont redécouvert l'argument de César : accomplissez le geste, gardez votre interprétation personnelle, et cessez de faire des histoires.

Comment le culte païen est devenu de la « culture »

C'est ici que réside le mal le plus profond.

Le système bergoglien recourt d'abord à l'anthropologie. Un faux dieu est édulcoré en symbole culturel ; l'offrande est classée au titre de la mémoire ancestrale. Dès que le mot de « cosmovision » est prononcé, le caractère religieux de l'invocation a déjà été gommé. Le jugement catholique n'intervient que tardivement, s'il intervient jamais, car le jugement lui-même est soupçonné de violence coloniale.

Cette grille de lecture renverse l'ordre missionnaire. L'Église d'autrefois pénétrait chaque nation avec la certitude que ses peuples possédaient de véritables biens naturels, de véritables coutumes dignes d'être préservées, mais aussi de réelles erreurs que le Christ est venu vaincre. L'inculturation signifiait la conversion et la purification d'une culture. Elle n'a jamais signifié demander à des puissances païennes d'introduire une assemblée catholique dans ses travaux.

La synodalité moderne inverse le sens de l'autorité. Les évêques recueillent des « voix », se laissent « interpeller par la réalité » et transforment des revendications en programme partagé. Le christianisme entre dans la salle comme une communauté de foi parmi d'autres. Il perd le droit de désigner les idoles. La Pachamama, pendant ce temps, peut présider à l'ouverture parce qu'elle est présentée comme appartenant à la terre ancestrale de tous.

Le Premier Commandement devient gênant dans de telles conditions. Il divise. Il proclame qu'il n'y a qu'un seul vrai Dieu, que le faux culte est un mal et que toute culture est soumise au jugement de Jésus-Christ. Aucune session d'écoute ne peut l'amender. Aucune identité opprimée ne saurait en être exemptée.

Cette exclusivité embarrasse des hommes formés à considérer l'inclusion comme le bien pastoral suprême. Ils redoutent d'être qualifiés de colonialistes, de racistes ou d'ennemis des peuples autochtones. La crainte d'offenser Dieu a été reléguée au second plan depuis bien longtemps.

La « dignité humaine » sans les droits de Dieu

Le langage de la dignité humaine opère un autre tour de passe-passe. La doctrine catholique fonde la dignité sur la création de l'homme par Dieu, sa rédemption par le Christ et sa fin surnaturelle. À Cusco, la formule a fonctionné comme un grand récipient vide. Chaque mouvement participant y a déversé son propre programme.

C'est ainsi qu'une organisation promouvant l'avortement peut se tenir aux côtés des évêques et parler de la vie. Des militants transgenres peuvent réclamer l'accès à une éducation sexuelle intégrale tandis que l'Église leur confère une légitimité institutionnelle. Des courants politiques marxistes se présentent en défenseurs des exclus. Leurs contradictions s'évanouissent parce que « les marginalisés » ont acquis une forme d'infaillibilité collective.

Les droits de Dieu sont les premiers à disparaître.

Voilà qui explique pourquoi Vatican News a pu décrire la rencontre en termes élogieux tout en occultant le rite d'ouverture. Dans l'univers moral de la rédaction, l'exclusion suscite le scandale. Une offrande à la Terre Mère relève de la couleur locale. Le rédacteur peut écrire six paragraphes sur l'écoute sans jamais ressentir le vide béant là où aurait dû se trouver le Premier Commandement.

François a gouverné selon cette hiérarchie morale. Ses condamnations les plus véhémentes visaient d'ordinaire la rigidité, le prosélytisme, le traditionalisme rétrograde et l'indifférence écologique. Lorsqu'une figure païenne est entrée dans une église, il en a défendu les intentions. Quand des catholiques l'en ont retirée, il a présenté ses excuses aux offensés.

Léon a hérité de cette machinerie et des hommes formés par elle. Son dernier message pour la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création⁠ appelle à une « authentique conversion écologique » et évoque les « écosystèmes » de la création, des relations humaines et du cœur de l'homme. Aucune de ces formules ne prescrit l'idolâtrie. L'écosystème institutionnel qui les entoure n'en continue pas moins de produire des rites à la Pachamama, avant de les effacer de ses comptes rendus d'actualité.

Il existe une complication révélatrice. En août 2025, un télégramme publié au nom de Léon⁠ indiquait aux évêques d'Amazonie que la création ne doit jamais réduire l'homme à l'état « d'esclave ou d'adorateur de la nature », car les choses créées existent pour nous aider à louer Dieu et à sauver nos âmes. Fort bien. Qu'on applique donc cette règle à Cusco — d'abord à Estrada et Bertomeu, puis enfin à la photographie que Léon refuse toujours d'expliquer.

Une phrase juste dans un télégramme ne saurait tenir lieu de gouvernement. Une doctrine imprimée sur du papier à en-tête du Vatican a peu de poids lorsque des officiels la bafouent devant la caméra tout en conservant leur poste, que la salle de presse officielle dissimule l'acte et que l'homme dont le nom figure sous la doctrine refuse de s'expliquer sur sa propre participation, pourtant documentée, à ce même rite.

La question s'impose d'elle-même

On dit souvent aux catholiques de considérer chaque épisode comme un abus isolé : une cérémonie mal conçue, un officiel trop zélé, une erreur de communication, une photographie malheureuse venue du passé. Mais à un certain point, l'accumulation devient une structure.

François a défendu nommément les effigies de la Pachamama. Son successeur apparaît dans les actes publiés d'un rite à la Pachamama célébré des décennies plus tôt. Sous ce même successeur, un officiel du DDF et un dirigeant du CELAM réitèrent l'offrande lors d'un rassemblement parrainé par l'Église et lié à son voyage. Les médias du Vatican effacent les faits compromettants pour vendre l'événement comme de l'action sociale catholique.

Pour les catholiques déjà enclins à des conclusions sédévacantistes ou sédéprivationnistes, ce schéma touche directement à la nature de l'Église. Le problème dépasse le péché personnel. Un prétendant au Siège romain, son appareil doctrinal, son réseau épiscopal et son organe de communication avancent tous dans la même direction : le culte païen bénéficie d'une protection, tandis que la résistance à l'ordre conciliaire s'attire enquêtes, restrictions ou accusations de schisme.

Les formules habituelles de « reconnaître et résister » montrent ici leurs limites. L'indéfectibilité papale ne peut signifier que les catholiques doivent regarder Rome accueillir, défendre, réitérer et dissimuler des rites rendus à une fausse divinité tout en affirmant que l'institution demeure une règle de foi parfaitement digne de confiance. On demande aux fidèles de donner un sens catholique à des paroles dont les ministres posent sans cesse des actes contraires.

Léon peut commencer à réparer ce scandale dès aujourd'hui : relever Bertomeu de ses fonctions dans l'attente d'une enquête ; exiger des explications publiques d'Estrada et de Cadenas ; rejeter l'attaque portée par la déclaration de Cusco contre l'enseignement moral catholique ; ordonner un acte public de réparation ; puis répondre à la question liée à cette vieille photographie : la participation du Père Robert Prevost au rite de la Pachamama en 1995 constituait-elle un péché contre le Premier Commandement ?

Si la réponse est oui, qu'il le dise et fasse pénitence devant toute l'Église. S'il refuse, les catholiques devront tirer la conclusion qui s'impose face à son silence. L'institution semble désormais plus effrayée par le regard critique des catholiques que par l'outrage public infligé au Dieu Tout-Puissant, et chaque nouvelle offrande de feuilles de coca rend ce jugement plus incontournable.