« Hier matin, je suis allé à la Sixtine voter tranquillement. Jamais je n’aurais imaginé ce qui allait se produire » : c’est ce qu’a déclaré, lors de son premier Angelus du dimanche 27 août 1978, le nouvel élu Jean-Paul Ier, pape depuis seulement 24 heures. Jusqu’au jour précédent, il était « seulement » le cardinal Albino Luciani, patriarche de Venise.

L’élection avait eu lieu le 26 août, clôturant avec seulement 4 scrutins le conclave ouvert la veille, suite à la mort de Paul VI. Le premier conclave de l’après-concile était aussi le plus nombreux, avec 111 cardinaux, à l’exclusion des 3 absents ainsi que (pour la première fois) des plus de quatre-vingts ans. Si nombreux que pour la première fois dans la Sixtine, on ne put installer les petits trônes habituels surmontés de baldaquins qui étaient ensuite descendus en signe d’hommage, sauf évidemment celui de l’élu. Exclus pour des raisons d’âge, le doyen Carlo Confalonieri et le vice-doyen Paolo Marella, c’est le cardinal Jean-Marie Villot qui en assuma les fonctions.

« Dès que le danger pour moi a commencé », poursuit le récit du nouvel élu lors de son premier Angelus, « les deux collègues qui étaient près de moi m’ont murmuré des paroles de courage. (...) Ensuite, il a été question du nom, car ils demandent aussi quel nom on veut prendre et j’y avais peu pensé ». Comme on le sait, il choisit le double nom inédit en hommage à ses deux prédécesseurs immédiats : Jean-Paul. Non pas « premier », pas encore : le numéral ne s’adopte pas tant qu’il n’y a qu’un seul pape avec un nom déterminé (voir le cas de François ou, en remontant plus loin, de Lando, de Zacharie, et d’autres, dont naturellement Pierre). Pourtant, en annonçant l’Habemus papam, le protodiacre Pericle Felici dit : « Ioannis Pauli primi. » Et en effet, Jean-Paul resta techniquement « sans numéro » pendant peu de temps, le temps de son très bref pontificat. Moins de deux mois plus tard, un nouveau pape arriva, encore un Jean-Paul. Ce fut encore à Felici d’annoncer l’élection de Wojtyla « qui sibi nomen imposuit Ioannis Pauli », mais il n’ajouta pas « secundi », qui dans ce cas aurait pourtant été nécessaire : une inadvertance peut-être due à la stupéfaction de ce second et imprévu Habemus Papam.

Stefano Chiappalone