Un événement révélateur s’est produit cette semaine dans l’histoire, toujours aussi coûteuse en temps et en ressources, que nous connaissons sous le nom de Synode sur la synodalité. Deux interventions sont parues qui, mises côte à côte, révèlent une question ayant plané sur ce projet synodal presque depuis son origine.

La première émane de Sœur Nathalie Becquart, sous-secrétaire du Secrétariat général du Synode et l’une des principales promotrices de la synodalité dans l’Église universelle. Dans un message publié par le compte officiel du Synode, elle a cherché à clarifier l’un des éléments les plus déroutants de l’ensemble du projet : que signifie donc la synodalité ? Elle a souligné que la synodalité n’est pas simplement un autre programme à mettre en œuvre, un autre projet ecclésial imposé d’en haut, mais une manière d’être Église. Il s’agit d’écouter, de discerner, de participer et d’apprendre à marcher ensemble sous la guidance de l’Esprit-Saint. Cette déclaration a été relayée sur les réseaux sociaux par le compte officiel du Vatican du Secrétariat général du Synode.

Je crois que l’intention est ici de forger une intuition théologique séduisante : l’Église n’est pas une entreprise, et l’Évangile n’est pas une stratégie de gestion ; le catholicisme ne saurait se réduire à des plans pastoraux, des initiatives diocésaines, des comités, des groupes de travail ou des documents. Si tel est le sens que Sœur Becquart donne à son refus de voir dans la synodalité un programme, on pourrait lui donner raison. La difficulté réside dans le fait que l’institution qu’elle sert a passé ces dernières années à parler explicitement de la mise en œuvre de la synodalité.

Le Secrétariat général décrit d’ailleurs la période actuelle comme la « phase de mise en œuvre » du Synode. Il existe des voies d’application, des équipes synodales chargées de cette mise en œuvre, des processus diocésains et nationaux de mise en œuvre, des assemblées d’évaluation et une assemblée ecclésiale prévue à Rome en 2028. Sœur Becquart elle-même a déjà affirmé sans ambiguïté la nécessité « d’appliquer déjà la synodalité partout, à tous les niveaux de l’Église », tout en expliquant que l’Église est désormais engagée dans « la mise en pratique des fruits du Synode ».

Cela revient-il à une contradiction patente ? Sœur Becquart pourrait sans doute soutenir avec raison que la synodalité est avant tout une disposition spirituelle et ecclésiale, tandis que des structures et des processus sont mis en place pour permettre à l’Église de vivre pleinement cette disposition. Pourtant, cette réponse soulève une question des plus évidentes : si quelque chose possède une phase de mise en œuvre, des directives de mise en œuvre, des équipes de mise en œuvre, un calendrier de mise en œuvre, des procédures d’évaluation et une assemblée internationale finale, à quel moment les catholiques sont-ils autorisés à le qualifier de programme ?

Il était donc frappant que, presque simultanément, Mgr Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc aux Pays-Bas, publie une lettre ouverte demandant au pape Léon XIV d’examiner les fruits du Synode sur la synodalité.

United States: Bishop Mutsaerts Affirms, When Christ Is Not King, Chaos  Reigns | FSSPX News

Mutsaerts aborde la question sous un angle entièrement différent, mais sa critique touche précisément l’ambiguïté exposée par le propos de Becquart. Il ne demande pas d’abord si la synodalité a été mise en œuvre avec succès, mais si elle a rendu l’Église plus apte à accomplir la mission pour laquelle le Christ l’a fondée. « La foi est-elle devenue plus forte ? » s’interroge-t-il. « Le Christ est-il annoncé avec plus de clarté ? Plus de personnes sont-elles venues à la conversion ? » Ces questions, d’une simplicité dévastatrice, déplacent en effet le critère de réussite hors du processus synodal lui-même.

Mutsaerts demande si la fréquentation dominicale de la messe a augmenté, si les vocations se sont multipliées, si la catéchèse s’est améliorée et si les catholiques ont acquis un plus grand respect pour l’Eucharistie. Derrière toutes ces interrogations se tient le principe canonique ancestral : salus animarum suprema lex. Le salut des âmes est la loi suprême de l’Église. Ce principe devrait être si évident qu’il va presque de soi, et pourtant son application au Synode est d’une radicalité surprenante.

L’Église a désormais investi plusieurs années (et, Dieu sait combien d’argent) dans des sessions d’écoute, des consultations diocésaines, des assemblées continentales, des rapports de synthèse, des groupes d’étude, des rencontres d’experts, des conversations dans l’Esprit et un vocabulaire de plus en plus sophistiqué de participation, d’accompagnement et de discernement. Rien de tout cela n’est nécessairement condamnable, certains éléments pourraient même s’avérer extrêmement précieux… ou non. Mais un catholique est en droit de demander ce que toute cette activité a produit. Mutsaerts identifie le danger avec une précision remarquable lorsqu’il observe que le synode classique était un moyen, tandis que le discours synodal contemporain risque de faire de la synodalité une fin en soi ; je crois que c’est là la critique la plus importante de l’ensemble du projet.

Un synode existe traditionnellement pour accomplir quelque chose. Les évêques se réunissent pour délibérer sur un problème doctrinal, disciplinaire ou pastoral confrontant l’Église. Ils discernent, décident, enseignent, puis retournent à l’œuvre d’évangélisation. Le processus synodal a une destination au-delà de lui-même. Que se passe-t-il, cependant, lorsque le principal fruit d’un Synode sur la synodalité est davantage de synodalité ? Le danger est une sorte de circularité ecclésiale. L’Église doit devenir plus synodale, donc des structures synodales sont créées pour faciliter la synodalité. Leur succès se mesure à l’aune de leur capacité à rendre l’Église plus synodale, ce qui engendre de nouvelles structures synodales destinées à approfondir l’expérience de la synodalité. Le processus valide en permanence sa propre continuation. Dans l’Église d’Angleterre, c'est devenu un moyen d’utiliser des discussions incessantes pour saper un enseignement établi.