La synodalité rapproche les hommes du Christ. « Nous sommes si occupés à discuter de la manière dont l’Église doit cheminer ensemble que nous oublions parfois vers où elle se dirige »
Mgr Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire de ’s-Hertogenbosch, a adressé une lettre ouverte au pape Léon XIV, s’interrogeant sur le fait que le Synode sur la synodalité atteint son objectif central, à savoir conduire les âmes au salut.
Dans cette longue missive, publiée sur le blog de l’évêque le 13 août, Mgr Mutsaerts affirme que l’épreuve décisive du processus synodal ne réside pas dans le nombre de réunions tenues ou de documents produits, mais dans le fait qu’il a renforcé la foi catholique et encouragé la conversion.
« La foi s’est-elle renforcée ? Le Christ a-t-il été proclamé avec plus de clarté ? Plus de personnes sont-elles venues à la conversion ? » s’interroge l’évêque auxiliaire. Il s’interroge également sur l’augmentation de la fréquentation dominicale, la croissance des vocations sacerdotales, le renforcement de la catéchèse et l’émergence d’une plus grande vénération pour l’Eucharistie.
Mgr Mutsaerts commence par souligner son respect pour la fonction pontificale et précise que sa décision de s’adresser publiquement au pape Léon procède de sa préoccupation pour le salut des âmes. « Ma question est simple et sincère : le processus synodal contribue-t-il réellement à rapprocher les âmes du Christ et du salut éternel ? » écrit Mgr Mutsaerts.
L’évêque invoque le principe traditionnel de l’Église catholique, Salus animarum suprema lex – le salut des âmes est la loi suprême –, et affirme que ce principe doit s’appliquer aux fruits du processus synodal. Il reconnaît les bonnes intentions de ceux qui ont participé au Synode et précise que ses critiques ne visent pas les individus. Cependant, Mgr Mutsaerts soutient que « le Christ lui-même nous a donné un critère simple pour cela : “C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.” »
Mgr Mutsaerts estime que le Synode a impliqué de vastes consultations, réunions et débats, mais affirme que ces activités ne peuvent à elles seules déterminer si le processus a réussi. Il demande plutôt si l’Église est devenue plus efficace dans la proclamation du Christ et si davantage de personnes ont été conduites à la conversion.
Ses critiques portent sur un processus synodal qui se poursuit au-delà des deux sessions du Synode des évêques tenues en 2023 et 2024. Le processus de mise en œuvre doit se poursuivre à travers des étapes locales, nationales et continentales avant une assemblée ecclésiale à Rome en octobre 2028.
Dans sa lettre, Mgr Mutsaerts soutient que la poursuite de ce processus soulève des questions quant à savoir si la synodalité ne devient pas une caractéristique permanente de la gouvernance de l’Église, plutôt qu’un processus défini visant à répondre à des questions ecclésiales particulières. Il oppose cela au rôle historique des synodes et des conciles, qui étaient généralement convoqués pour traiter de questions spécifiques concernant la vie et la mission de l’Église.
« Le premier aspect remarquable se trouve déjà dans le nom : Synode sur la synodalité », écrit Mgr Mutsaerts. Il affirme que l’Église a toujours délibéré collectivement et cite en exemple la réunion des apôtres à Jérusalem ainsi que les grands conciles de l’Église. Cependant, il distingue cela de l’idée de faire du processus de consultation lui-même un paradigme ecclésial permanent.
« Le synode classique était un moyen », écrit Mgr Mutsaerts. « Dans le discours synodal contemporain, la synodalité menace de devenir une fin en soi. »
Au cœur des préoccupations de Mgr Mutsaerts se trouve la question de savoir où l’Église doit chercher le fondement de sa foi. Il affirme que l’Église ne crée pas la foi par la discussion, mais la reçoit du Christ et préserve ce qui lui a été confié à travers l’Écriture, la Tradition apostolique et l’enseignement de l’Église. « La vérité n’est pas produite par le consensus », écrit Mgr Mutsaerts.
L’évêque affirme que l’écoute est essentielle au ministère pastoral, mais soutient que l’Église doit ultimement écouter le Christ, l’Écriture, la Tradition apostolique, les saints et le Magistère de l’Église. Mgr Mutsaerts met en garde contre le fait de commencer principalement par les attentes contemporaines, car cela peut créer des difficultés lorsque ces attentes entrent en conflit avec l’Évangile.
« Alors, ce n’est pas l’Évangile qui doit changer ; c’est l’homme qui doit changer », écrit Mgr Mutsaerts. « Dans le christianisme, cela s’appelle la conversion. »
Mgr Mutsaerts évoque les églises qui se vident, la connaissance déclinante de l’enseignement catholique, l’affaiblissement de la vie sacramentelle, la disparition des monastères et des communautés religieuses, ainsi que le faible nombre de vocations sacerdotales, comme des réalités qui, selon lui, devraient façonner les priorités de l’Église.
Il ne rejette pas les questions de participation, de responsabilité, de structures ou de gouvernance ecclésiale comme illégitimes. Au contraire, l’évêque soutient qu’elles ne doivent pas se substituer à l’évangélisation.
« Ces sujets peuvent être légitimes », déclare Mgr Mutsaerts. « Mais une maison en flammes a des priorités différentes de celles d’un foyer ordinaire. »
Mgr Mutsaerts met également en garde contre les attentes créées par des discussions prolongées sur des questions controversées. Il affirme que lorsque des sujets tels que le diaconat féminin, le sacerdoce, la morale sexuelle, le rôle des femmes et l’autorité ecclésiale restent en discussion pendant des années, les catholiques peuvent en conclure que l’Église est prête à modifier son enseignement. Lorsque de telles attentes ne peuvent être satisfaites sans rompre avec la doctrine catholique, soutient Mgr Mutsaerts, cela peut entraîner une déception.
Mgr Mutsaerts évoque les catholiques qui assistent régulièrement à la messe, prient, élèvent leurs familles dans la foi ou mènent une vie de contemplation, mais qui ne participent peut-être jamais aux réunions de consultation diocésaines. « Le Peuple de Dieu est plus vaste que le cercle autour de la table des négociations », écrit Mgr Mutsaerts.
L’évêque aborde ensuite les implications de la synodalité pour l’ecclésiologie et la compréhension que l’Église a d’elle-même. Mgr Mutsaerts soutient que l’Église doit se réformer en permanence, mais ne peut redéfinir la foi qu’elle a reçue. « L’Église doit se convertir sans cesse, mais elle repose sur les apôtres », explique Mgr Mutsaerts.
L’évêque identifie également la liturgie comme une mesure importante de la santé spirituelle de l’Église. Mgr Mutsaerts affirme que l’état du culte catholique révèle la force de la croyance catholique et souligne l’Eucharistie, la confession, le silence et la vénération comme des aspects essentiels de la vie de l’Église. « Une nouvelle structure de participation ne peut résoudre cela », écrit Mgr Mutsaerts. « Pas plus qu’une nouvelle assemblée. »
Mgr Mutsaerts revient à plusieurs reprises sur la mission missionnaire de l’Église. Il écrit que le monde contemporain est en quête de sens tout en étant confronté à la solitude, à la rupture des familles, aux changements technologiques et à l’incertitude quant à la finalité humaine. Dans de telles circonstances, affirme Mgr Mutsaerts, l’Église possède déjà ce dont elle a besoin pour sa mission : l’Évangile, les sacrements, l’Eucharistie, l’Écriture, la sagesse de la tradition de l’Église et, surtout, Jésus-Christ.
« Le monde n’attend pas une nouvelle organisation qui l’écoute », écrit Mgr Mutsaerts. « Il en existe déjà suffisamment. Le monde attend quelqu’un qui lui dise à quoi il a été créé. »
L’évêque conclut en se référant au récit évangélique des disciples d’Emmaüs, le présentant comme un modèle de la manière dont l’Église doit comprendre le cheminement ensemble. Le Christ écoute les disciples, note Mgr Mutsaerts, mais ne se contente pas de confirmer leur interprétation des événements. Au contraire, le Christ les corrige, leur ouvre les Écritures et les conduit à le reconnaître. « Nous sommes si occupés à discuter de la manière dont l’Église doit cheminer ensemble que nous oublions parfois vers où elle se dirige », écrit Mgr Mutsaerts.
Mgr Mutsaerts demande au pape de renforcer les catholiques dans la foi, de rappeler à l’Église l’importance de proclamer le Christ et d’empêcher les processus ecclésiaux de se détacher de l’évangélisation et du salut des âmes. « Ma prière pour vous est donc simple : donnez-nous de la clarté », écrit Mgr Mutsaerts.
« Car une fois que tous les synodes auront pris fin, tous les documents auront été rédigés, tous les comités auront été dissous, et nos propres noms auront été oubliés, ne subsistera que la question qui compte vraiment : avons-nous rapproché les personnes confiées à nos soins de Jésus-Christ ? » conclut-il.
Voici maintenant l'intégralité de cette lettre ouverte dans une traduction IA à vérifier :
« Le processus synodal contribue-t-il à rapprocher les âmes du Christ et du salut éternel ? »
Saint-Père,
C'est avec un profond respect pour la charge qui vous a été confiée en tant que successeur de saint Pierre, et en communion avec l'Église que le Christ a fondée sur les Apôtres, que je m'adresse à vous par cette lettre ouverte. Je ne le fais pas à la légère. Ce qui me pousse à prononcer ces mots publiquement est une préoccupation qui surpasse en fin de compte toutes les autres préoccupations ecclésiales : le salut des âmes. Salus animarum suprema lex – le salut des âmes est la loi suprême. Ma question est simple et sérieuse : le processus synodal contribue-t-il réellement à rapprocher les âmes du Christ et du salut éternel ? C'est pour moi la question décisive.
Saint-Père, je suis pleinement conscient de la responsabilité du ministère pétrinien, dont une personne extérieure à cette charge ne peut avoir qu'une vague idée. C'est précisément pour cette raison que je n'écris pas ces mots par manque de respect pour la papauté, mais par amour pour elle. Après tout, Pierre n'a pas seulement reçu du Christ la mission d'unir ses frères, mais aussi de les affermir dans la foi : « Et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » En fin de compte, le monde a peu à gagner d'une Église qui se contente de répéter ce que le monde lui-même pense déjà. Il a besoin d'une Église qui l'oriente avec amour, mais sans crainte, vers le Christ.
Mes réserves concernant le Synode sur la synodalité doivent être comprises à cette lumière. Et surtout, je me demande ce que tout cela signifie pour le simple fidèle qui n'attend pas de son Église un processus permanent, mais de la clarté sur le chemin qui mène à Dieu.
Cette lettre n'est donc pas une accusation contre des individus. Je ne veux pas non plus nier les bonnes intentions des nombreuses personnes qui se sont sincèrement dévouées au processus synodal. Les bonnes intentions méritent d'être reconnues. Cependant, de bonnes intentions ne nous dispensent pas du devoir d'en examiner les fruits. Le Christ lui-même nous a donné un critère simple pour cela : « C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » C'est pourquoi je crois qu'après des années de délibérations synodales, de réunions, de rapports et de documents, le temps est venu de s'interroger ouvertement sur ces fruits. Non par cynisme, mais par amour pour l'Église. Non par nostalgie d'un passé idéalisé, mais par souci de son avenir. Et non pour mener une bataille de politique ecclésiale, mais parce que, derrière toutes les discussions, se trouve une réalité infiniment plus importante : le salut éternel des âmes que le Christ a confiées à son Église. C'est de cette préoccupation, Saint-Père, que naît la réflexion suivante que je vous soumets.
Le Synode sur la synodalité
Celui qui juge le Synode sur la synodalité uniquement sur ses objectifs peut facilement en brosser un tableau positif. On a écouté. On a parlé. Des milliers de personnes ont été consultées. Des évêques, des prêtres, des religieux et des laïcs se sont réunis. On a parlé de communion, de participation et de mission. Un nouveau vocabulaire ecclésial a même vu le jour : synodalité, écoute, discernement, participation, conversation dans l'Esprit Saint, enclenchement de processus. Mais on peut aussi regarder la même histoire d'un tout autre point de vue. Permettez-moi de poser la question qui dérange : qu'est-ce que tout cela a réellement apporté ? Non pas : combien de réunions ont été organisées ? Non pas : combien de rapports ont été rédigés ? Non pas : combien de personnes ont participé ? Mais plutôt : la foi s'est-elle renforcée ? Le Christ a-t-il été annoncé plus clairement ? L'identité catholique s'est-elle approfondie ? Y a-t-il eu plus de conversions ? La messe dominicale est-elle plus fréquentée ? Y a-t-il plus de vocations sacerdotales ? La catéchèse est-elle devenue plus efficace ? Un plus grand respect pour l'Eucharistie a-t-il émergé ? L'enseignement moral de l'Église est-il devenu plus clair ? Le courage missionnaire a-t-il augmenté ?
Si l'on pose de telles questions, il est impossible de considérer le Synode comme un succès. En même temps, il y a autre chose à prendre en compte : l'entreprise synodale n'est pas encore vraiment terminée. La phase officielle de mise en œuvre se poursuit et doit finalement culminer, via des réunions diocésaines, nationales et continentales, par une assemblée ecclésiale à Rome en octobre 2028. En mai 2026, le Vatican a de nouveau publié une feuille de route détaillée à ce sujet. Cela rend la critique d'autant plus justifiée. Ce qui était autrefois prévu comme un synode pour 2021-2024 menace de devenir une forme permanente de gouvernement de l'Église.
Un Synode sur un Synode
Le premier aspect remarquable réside déjà dans le nom : Synode sur la synodalité. Traditionnellement, un synode était convoqué parce que l'Église devait débattre d'un sujet spécifique – comme l'évangélisation, le mariage et la famille, le sacerdoce, l'Eucharistie, les Saintes Écritures, une hérésie, une crise pastorale ou un problème concret. Avec le Synode sur la synodalité, c'est le processus lui-même qui devient le sujet. On pourrait comparer cela à une réunion qui siège sans fin pour discuter de la manière de tenir des réunions à l'avenir.
L'Église connaît les conciles et les synodes depuis l'Antiquité. Les Apôtres se sont réunis à Jérusalem. Des évêques ont délibéré entre eux. Des papes ont consulté des évêques. Les grands conciles œcuméniques sont inconcevables sans délibérations et décisions ecclésiales communes. Mais cela diffère de la synodalité en tant que paradigme ecclésial permanent. Le synode classique était un moyen pour parvenir à une fin. Dans le discours synodal d'aujourd'hui, la synodalité menace de devenir une fin en soi. Et c'est précisément là que commence le problème du point de vue catholique classique.
L'Église n'est pas une conversation, mais une réalité reçue
Car l'Église ne commence pas par notre dialogue. Elle commence avec le Christ. Cela semble évident, mais cela a des conséquences considérables. Le Christ n'a pas fondé un groupe de discussion. Il a appelé des Apôtres. Il leur a donné l'autorité. Il les a envoyés pour prêcher, baptiser et enseigner : « Allez donc et faites de toutes les nations des disciples. » La direction est ici fondamentale. La foi ne naît pas du fait que l'Église ferait d'abord un inventaire de ce que croient les gens pour ensuite distiller une conviction commune à partir de toutes ces expériences. La foi est reçue. Paul utilise constamment pour cela des termes tels que recevoir, transmettre et conserver. L'Église ne possède pas la Révélation parce qu'elle l'a inventée, mais parce qu'elle l'a reçue. Cela signifie que le christianisme, par nature, ne peut être démocratique. Non pas parce que la démocratie serait une mauvaise forme de gouvernement, mais parce que la vérité ne se crée pas par un vote à la majorité. Si demain 90 % des catholiques ne croyaient plus à la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, le Christ n'en serait pas moins véritablement présent. Si 80 % rejettent un certain enseignement moral, cet enseignement ne devient pas automatiquement faux. La vérité n'est pas produite par le consensus. C'est là que réside le premier grand point de tension autour du projet synodal.
Écouter : qui ?
L'écoute a été un mot-clé tout au long du processus (comme si nous ne l'avions jamais fait auparavant). Il n'y a rien à redire à cela en soi. Un évêque doit écouter. Un prêtre doit écouter. Les chrétiens doivent s'écouter les uns les autres. Un berger qui n'écoute jamais son troupeau n'est pas un bon berger. Mais la question se pose aussitôt : qui l'Église doit-elle écouter en premier lieu ? La réponse traditionnelle est : le Christ, les Saintes Écritures, la Tradition apostolique, les saints, le témoignage de vingt siècles de christianisme, le Magistère. Et bien sûr, les fidèles aussi.
Cependant, dans certains textes synodaux, cet ordre de priorité semble s'inverser légèrement. On part des expériences, des désirs, des frustrations et des attentes des personnes d'aujourd'hui et on se demande ensuite comment l'Église doit y réagir. Cela peut sembler pastoralement attrayant, mais cela comporte un danger. Car que se passe-t-il lorsque les désirs de l'homme moderne entrent en collision avec l'Évangile ? Ce n'est alors pas l'Évangile qui doit changer ; c'est l'homme qui doit changer. Dans le christianisme, on appelle cela la conversion. Et c'est précisément ce mot que l'on entend étonnamment peu dans beaucoup de discussions ecclésiales modernes.
La grande absente : la conversion
C'est là que réside la faiblesse la plus profonde de tout le projet. L'Église n'existe pas d'abord pour conforter les gens dans ce qu'ils sont déjà. Elle existe pour les conduire au Christ. Les premières paroles de la prédication publique de Jésus ne sont pas : « Dites-moi d'abord ce que vous pensez des structures ecclésiales actuelles. » Mais plutôt : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » C'est beaucoup moins bureaucratique. Et beaucoup plus radical.
L'Église des martyrs n'a pas transformé le monde romain en organisant des tables rondes sur la façon dont les Romains pourraient percevoir la communauté chrétienne comme plus inclusive. Elle a annoncé le Christ. Pierre a annoncé le Christ. Paul a annoncé le Christ. François a annoncé le Christ. Dominique a annoncé le Christ. François Xavier a annoncé le Christ. Jean-Marie Vianney a annoncé le Christ. Mère Teresa a annoncé le Christ. Jean-Paul II a annoncé le Christ. Ils ont indubitablement écouté les gens. Mais l'écoute n'a jamais été le but final. Le but final était la conversion au Christ.
L'éléphant dans la salle du Synode
Il existe en outre un décalage frappant entre les problèmes longuement débattus dans le processus synodal et la crise réelle que traverse l'Église, particulièrement en Occident. Les problèmes fondamentaux de l'Église aux Pays-Bas, en Belgique, surtout en Allemagne, mais aussi dans une grande partie de l'Europe occidentale, sont faciles à identifier. Les églises se vident. Les paroisses fusionnent. Les monastères disparaissent. Les religieux vieillissent. La connaissance de la foi catholique diminue. La confession a pratiquement disparu pour de nombreux catholiques. Le nombre de vocations sacerdotales reste bas dans de nombreux endroits. Beaucoup de baptisés ne croient presque plus aux vérités essentielles de la foi. Dans de grandes parties de la communauté catholique, la vie sacramentelle est fortement affaiblie. Face à cette évolution, on s'attendrait à ce qu'une activité ecclésiale mondiale se penche avant tout sur une question : comment pouvons-nous reconquérir le monde pour le Christ ?
Pourtant, l'attention se porte principalement sur les structures, la participation, les processus de décision, la responsabilité des femmes, l'inclusion, les relations de pouvoir et le fonctionnement des instances ecclésiales. Ce sont des sujets tout à fait légitimes. Mais une maison en feu a d'autres priorités que les affaires d'ordre domestique.
La loi de Parkinson appliquée à l'Église
Les institutions qui perdent de vue leur but initial commencent souvent à parler de plus en plus intensément de leur propre organisation. Les entreprises parlent alors sans fin de processus. Les universités, de gouvernance. Les gouvernements, de modèles participatifs. Et les organisations ecclésiales, de structures. Moins il y a d'évangélisation, plus il y a de comités pour l'évangélisation. Moins il y a de vocations, plus il y a de documents sur les vocations. Moins il y a de monde à l'église, plus les réunions sur la nature de l'Église s'allongent. Cela semble cynique, mais une réflexion sérieuse s'y cache : la bureaucratie peut donner l'illusion de l'activité, alors que la réalité prouve le contraire. On navigue sans boussole. Les attentes ne peuvent être satisfaites.
Le processus synodal a suscité des attentes. Cela s'est produit principalement parce que, lors des différentes phases de consultation, ont été abordés des sujets qui touchaient à des domaines sur lesquels l'Église a déjà un enseignement clair : le diaconat des femmes, le sacerdoce, la morale sexuelle, les relations homosexuelles, le rapport entre laïcs et clergé, l'autorité de l'Église, la décentralisation et la place de la femme. Si l'on « discute » de tels sujets pendant des années, il naît naturellement l'impression qu'ils pourraient finalement être modifiés. Après tout, on n'en parlerait pas indéfiniment sinon.
Cela conduit à un paradoxe pastoral. On demande aux gens d'exprimer leurs attentes. Par la suite, certaines attentes se révèlent irréalisables sans mettre en péril la continuité avec la doctrine catholique. Que se passe-t-il alors ? Une déception généralisée. L'Église a ainsi elle-même suscité des attentes qu'elle ne peut finalement pas combler. Ce n'est pas un gain pastoral, mais une recette pour la frustration.
La protestantisation du concept catholique de l'Église
De plus, d'un point de vue traditionnel, on observe ici une ironie historique. Certains éléments de la culture synodale moderne présentent en effet des similitudes avec des évolutions observées depuis des décennies dans les églises protestantes : plus d'accent sur la participation, plus d'influence administrative, plus de structures consultatives, plus de poids pour les communautés locales, plus d'attention portée aux expériences individuelles, plus de discussions sur l'évolution des opinions sociales et moins d'évidence quant à l'autorité hiérarchique. En soi, cela n'est pas forcément faux. Mais la question historique s'impose : ce modèle a-t-il conduit à un réveil chrétien spectaculaire dans le monde protestant ? Dans une grande partie de l'Europe occidentale, la réponse est clairement non. Pourquoi alors l'Église catholique devrait-elle adopter précisément les modèles administratifs et pastoraux des confessions qui ont souvent subi cette même sécularisation encore plus tôt et plus gravement ? Un patient guérit rarement en prenant les médicaments du patient dans le lit d'à côté, qui va encore plus mal.
L'alternative oubliée : la recherche de la sainteté
Les grandes réformes catholiques n'ont presque jamais commencé par des structures. Elles ont commencé par des saints. Aux temps de corruption ont succédé des réformateurs : Benoît, Bernard, François, Dominique, Catherine de Sienne, Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila, Charles Borromée, François de Sales, Jean Bosco, Thérèse de Lisieux, Maximilien Kolbe, Jean-Paul II. Leur programme était d'une simplicité surprenante : devenir saint.
Car un saint possède une force missionnaire avec laquelle aucun document stratégique ne peut rivaliser. Une paroisse avec un saint curé a un meilleur avenir qu'un diocèse avec vingt groupes de travail sur la synodalité et des managers hautement rémunérés. Un monastère avec dix religieux zélés évangélise plus que cent pages de jargon ecclésiastique. Un prêtre qui, à l'autel, croit visiblement se tenir devant Dieu, peut conduire plus de personnes à la foi qu'une conférence sur la liturgie participative.
C'est peut-être là que réside l'alternative qui a été trop peu soulignée par le Synode : non pas moins d'écoute, mais plus de sainteté. Non pas moins de participation, mais plus de conversion. Non pas moins de dialogue, mais plus de prédication.
La liturgie comme test décisif
D'un point de vue classique, il est également frappant de constater que la crise de la liturgie n'a reçu que relativement peu d'attention centrale. Car quiconque veut vraiment comprendre l'état d'une Église doit regarder son culte. « Lex orandi, lex credendi » – la façon dont on prie exprime la foi.
Si les catholiques ne comprennent presque plus que la messe est le sacrifice sacramentel et présent du Christ ; si le sens du sacré s'estompe, si le silence disparaît, si les confessionnaux restent vides et si l'adoration eucharistique est reléguée à la marge – alors l'Église n'a pas un problème de structure de direction. Elle a un problème de foi. Une nouvelle structure de participation ne peut pas résoudre cela. Pas plus qu'une nouvelle assemblée. Une redécouverte de Dieu, en revanche, le pourrait peut-être.
Le paradoxe de la participation
Le projet synodal met l'accent sur la participation. Mais un étrange paradoxe apparaît ici. Les personnes qui s'impliquent intensivement dans les processus de consultation de l'Église ne sont pas nécessairement représentatives de l'Église dans son ensemble. Le catholique discret, qui va à la messe tous les matins, prie le chapelet et donne des cours de catéchisme à ses petits-enfants, ne rédige généralement pas de rapport synodal. Le jeune catholique, qui fait trois heures de route pour assister à une liturgie traditionnelle, ne siège généralement pas dans le groupe de travail diocésain. Une mère de six enfants, qui s'efforce d'élever sa famille dans la foi catholique, n'a sans doute guère le temps pour des « sessions d'écoute ». Une religieuse contemplative ne remplit pas de questionnaire. Pourtant, leur foi est peut-être plus profondément enracinée que celle des participants professionnels aux assemblées ecclésiales. Ceux qui n'écoutent que ceux qui s'approchent du micro oublient facilement que le peuple de Dieu est bien plus vaste que le cercle autour de la table de consultation.
Synodalité ou collégialité ?
Peut-être qu'une partie de la confusion se dissiperait si l'on parlait à nouveau avec plus de précision. La tradition catholique connaît un concept clair : la collégialité. Les évêques forment ensemble, avec et sous Pierre, le collège épiscopal. À côté de cela, il y a les conseils presbytéraux, les conseils pastoraux, les synodes, les chapitres, les communautés religieuses et d'innombrables autres formes de consultation. Pourquoi était-il nécessaire de créer une nouvelle catégorie englobant tout cela : la synodalité ?
C'est précisément parce que le terme est si large – une définition est d'ailleurs presque impossible – que chacun peut y comprendre quelque chose de différent. Pour l'un, cela signifie écouter. Pour un autre, la décentralisation. Pour un troisième, la démocratisation. Pour un quatrième, le renouveau pastoral. Pour un cinquième, une réforme des ministères de l'Église. Pour un sixième, une morale sexuelle différente. Un terme qui peut tout signifier ne signifie finalement rien. C'est pourquoi la question de la proportionnalité est justifiée. Combien d'énergie faut-il encore y consacrer ? Combien de réunions ? Combien d'équipes synodales ? Combien de rapports ? Combien d'évaluations d'évaluations ? Et surtout : que se passerait-il si l'on investissait la même quantité de temps, d'argent, d'énergie spirituelle et d'attention épiscopale dans la catéchèse, les séminaires, l'enseignement catholique, la liturgie, la confession, l'adoration eucharistique, la pastorale familiale et l'évangélisation directe ? Il me semble que c'est une question rhétorique.
Le problème le plus profond : l'ecclésiologie
Au fond, le débat ne porte donc pas vraiment sur le fait de se réunir. Il porte sur la question : qu'est-ce que l'Église ? Est-elle avant tout une communauté qui cherche ensemble ce qu'elle doit devenir ? Ou est-elle principalement une réalité divine qui a déjà reçu ce qu'elle doit être ? La réponse catholique ne peut être que la seconde. L'Église doit certes se convertir constamment, mais elle est bâtie sur les Apôtres. Elle préserve une foi qu'elle n'a pas elle-même inventée. Par conséquent, toute synodalité doit finalement être limitée par quelque chose qui ne peut faire l'objet de discussions synodales : la vérité révélée par le Christ.
Le monde n'attend pas une Église synodale
Et c'est peut-être là la plus grande tragédie. Le monde moderne traverse une crise spirituelle extraordinaire. Les gens cherchent un sens. Les jeunes cherchent une identité. La solitude augmente. Les familles se brisent. La technologie pénètre de plus en plus profondément l'existence humaine. La pornographie déforme la sexualité. Le matérialisme ne rend pas heureux. Le changement climatique devient pour beaucoup une religion de substitution. Les gens ont peur de la mort, mais savent à peine pourquoi ils vivent. Et au milieu de ce monde, l'Église possède quelque chose d'extraordinaire. Elle possède l'Évangile. Les sacrements. L'Eucharistie. La confession. Deux mille ans de sagesse. Les Saintes Écritures. Les Pères de l'Église. Thomas d'Aquin. Augustin. Les mystiques. Les saints. Une tradition incomparable d'art, de musique, de philosophie, de morale et de spiritualité. Et surtout : Jésus-Christ.
Le monde n'attend pas une énième organisation qui l'écoute. Il y en a déjà assez. Le monde attend quelqu'un qui lui dise pour quoi il a été créé.
D'Emmaüs à Jérusalem
L'Évangile des disciples d'Emmaüs offre peut-être, en fin de compte, le meilleur modèle d'une authentique synodalité catholique. Le Christ marche avec les disciples. Il écoute véritablement. Il demande ce qui les anime. Il les laisse s'exprimer. Leur déception trouve sa place. Jusque-là, tout manuel sur la synodalité pourrait approuver avec enthousiasme. Mais vient ensuite le moment décisif. Le Christ ne confirme pas leur interprétation. Il la corrige. Il leur ouvre les Écritures. Il leur apprend à comprendre les événements. Et finalement, ils le reconnaissent à la fraction du pain. C'est la synodalité catholique dans sa forme la plus pure. Et après cela, les disciples ne restent pas indéfiniment réunis à Emmaüs pour évaluer leur expérience de marche. Ils se lèvent. Ils retournent à Jérusalem. Ils sortent pour proclamer. Le processus synodal est resté bloqué à Emmaüs, et la question est de savoir s'il en trouvera un jour la sortie. Nous sommes tellement occupés à discuter de la manière dont l'Église doit cheminer ensemble que nous oublions parfois vers où elle est censée cheminer.
En fin de compte, l'Église catholique n'a pas besoin d'un synode permanent sur elle-même. Elle a besoin de saints. D'évêques qui enseignent. De prêtres qui prient. De religieux qui vivent radicalement pour Dieu. De parents qui transmettent la foi. De jeunes qui découvrent que la vérité est plus qu'une simple opinion. D'une liturgie où Dieu est véritablement au centre. De confessionnaux où les pécheurs trouvent le pardon. De séminaires où sont formés des hommes prêts à donner leur vie au Christ. De catholiques qui ne se demandent pas sans cesse comment l'Église doit s'adapter au monde, mais qui ont le courage d'inviter le monde à se laisser transformer par le Christ. Car, en fin de compte, le Christ n'a pas envoyé son Église dans le monde en disant : « Allez et organisez partout des processus synodaux. » Il a dit : « Allez dans le monde entier et proclamez l'Évangile à toute la création. » C'est ainsi que l'Église a commencé. Et chaque fois qu'elle a été véritablement renouvelée, c'est par là qu'elle a recommencé.
Saint-Père,
Permettez-moi de conclure cette lettre avec la même pensée par laquelle je l'ai commencée : le salut des âmes. J'espère et je prie pour que, sous votre pontificat, il devienne à nouveau clair et évident que l'Église n'est pas appelée à discuter indéfiniment d'elle-même, mais à annoncer le Christ ; non pas à refléter l'esprit du temps, mais à conduire le monde à la vie éternelle.
C'est précisément du successeur de Pierre que les fidèles sont en droit d'attendre qu'au milieu de la confusion de notre époque, il affermisse ses frères dans la foi. Qu'il nous rappelle que la vérité annoncée par l'Église n'est pas une possession dont nous pouvons disposer à notre guise, mais un trésor précieux que nous avons reçu et que nous devons transmettre intact. Puisse-t-il insuffler du courage à ceux qui remplissent fidèlement leur vocation : aux prêtres, aux religieux qui ont consacré leur vie à Dieu, aux parents qui essaient d'élever leurs enfants de manière catholique à contre-courant, et aux jeunes qui, précisément en une époque de relativisme, aspirent à la vérité, à la sainteté, à la beauté et à l'aventure radicale d'une vie avec le Christ.
Ma demande à votre égard est donc simple : donnez-nous de la clarté. Quand le monde parle de manière pleine d'incertitude, laissez Pierre parler clairement. Quand l'Église se fatigue des discussions internes, montrez-nous le chemin du retour au Christ. Quand nous nous perdons dans les processus et les structures, rappelez-nous notre mission. Quand nous hésitons à proclamer l'Évangile dans sa plénitude de peur de froisser l'homme moderne, rappelez-nous les mots de Pierre lui-même : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »
Saint-Père, j'écris ceci avec un respect sincère pour votre charge et par amour pour l'Église. Ma critique du processus synodal ne naît pas du désir de semer la discorde, mais de la crainte que nous ne perdions un temps précieux alors que tant de personnes ne connaissent plus le Christ. La moisson est abondante. Les ouvriers sont peu nombreux. Les églises d'Occident se vident, tandis qu'en même temps, de nouvelles générations semblent être en quête de vérité et de transcendance. C'est précisément maintenant que nous n'avons pas besoin d'une Église hésitante, mais d'une Église missionnaire, qui connaît son trésor et n'a pas peur de le montrer au monde.
C'est pourquoi je prie pour que votre pontificat soit marqué par une concentration renouvelée sur ce qui constitue en fin de compte le cœur de toute véritable réforme ecclésiale : le Christ, la conversion, la sainteté, l'Eucharistie, l'évangélisation et le salut des âmes. Car lorsque tous les synodes seront clos, tous les documents rédigés, toutes les commissions dissoutes et nos propres noms oubliés, il ne restera que la question qui compte vraiment : avons-nous rapproché de Jésus-Christ les personnes qui nous ont été confiées ?
Que saint Pierre intercède pour vous. Que Notre-Dame, « Mater Ecclesiae », vous garde sous sa protection. Et que le Seigneur vous accorde sagesse, courage et détermination paternelle pour conduire son Église dans la vérité et l'amour.
Dans un respect sincère et unis dans la prière, in Christo,
+Rob Mutsaerts Évêque auxiliaire du diocèse de Bois-le-Duc ('s-Hertogenbosch)