Grâce au professeur Corrado Gnerre, qui a cité saint Bernard de Clairvaux, j'ai découvert un document exceptionnel.
Des lettres de ce même saint, par lesquelles il attaquait fortement l'antipape Anaclet II à Rome, tout en défendant la légitimité canonique d'Innocent II : la lettre 126, à Guillaume, duc d'Aquitaine, et la lettre 124, où saint Bernard dit des choses incroyables, incroyablement similaires à la situation qui s'est produite avec l'usurpation de la papauté en 2013.
Commençons par la lettre 124 :
« À tous les vénérables frères, évêques et abbés, et à tous les fidèles du Christ de la province d'Aquitaine, Bernard, abbé de Clairvaux, salut et paix, qui surpasse toute intelligence. Je ne peux me taire face au danger de l'épouse du Christ, ni cacher la douleur qu'éprouvent tous les enfants de l'Église en voyant la tunique du Seigneur déchirée. Qui ne pleure en voyant l'Église, notre mère à tous, divisée par une faction inique ? Pietro Pierleoni, celui qui a envahi le siège apostolique, n'est pas entré par la porte de la bergerie, mais y est monté par un autre côté, se comportant non en pasteur, mais en voleur et brigand. Confiant dans la force des richesses et dans la superbe de son cœur, il a érigé son trône contre l'Église de Dieu. Mais qui est-il, sinon l'homme du péché, qui s'élève au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu ou est objet de culte ? Il ne cherche pas la gloire de Jésus-Christ, mais la sienne propre. »
On dirait qu'il parle de Bergoglio. C'est incroyable.
« Ses œuvres sont manifestes. L'avarice, la simonie et l'ambition scélérate ont guidé ses pas vers ce siège suprême, qu'il profane par sa présence. »
C'est la photographie du pape François.
« De l'autre côté se trouve Innocent, homme de vie irréprochable, d'une réputation sans tache, élu par des hommes dignes et soutenu par le consensus des meilleurs. »
Nous parlons du pape Benoît.
« Il est le véritable successeur de Pierre, celui qui maintient la pureté de la doctrine et la discipline de l'ordre ecclésiastique. »
Encore le pape Ratzinger.
« Ne vous laissez pas tromper par les fables des séducteurs, ni par les trésors accumulés par la fraude et la rapine, avec lesquels celui-ci, Anaclet, tente d'acheter les âmes. Quiconque adhère à Pietro Pierleoni se sépare du corps du Christ, qui est l'Église. Quiconque communie avec le schismatique se rend complice de sa ruine. »
Incroyable. Il parle même de l'Una Cum :
« Quiconque communie avec le schismatique se rend complice de sa ruine. Qu'il n'y ait pas de communion entre la lumière et les ténèbres, ni entre Christ et Bélial. Sortez du milieu d'eux, frères très chers, et séparez-vous de ce schisme diabolique. Conservez la paix et la concorde dans la Sainte Église catholique, et ne permettez pas que le troupeau qui vous est confié soit dévoré par ce loup rapace. »
Incroyable. Il parle aussi d'un loup, tout comme Benoît XVI l'avait fait lors de sa mise en garde, demandant de prier pour qu'il ne fuie pas devant les loups. Saint Bernard définit Anaclet comme un loup rapace, à l'image des loups dont Benoît avait parlé et devant lesquels il ne devait pas fuir.
« Que le Seigneur Jésus, qui promet de rester avec son Église jusqu'à la fin des temps, vous garde dans la vraie foi et dans l'unité de l'Esprit, par le lien de la paix. »
Cette lettre, la 124, nous dit ce que doit faire un saint : mettre tout le monde en garde contre l'antipape, contre le schismatique. Vous ne devez pas être en communion avec le schismatique ; vous ne devez pas être en communion avec cet individu maléfique, qui est un loup rapace.
Pierleoni avait conquis le trône de Pierre grâce au soutien des puissantes familles nobles de Rome et à l'argent de sa propre famille. Il était de souche juive et disposait donc d'une richesse incroyable, qu'il avait utilisée pour acheter les charges ecclésiastiques, etc.
Mais le point fondamental se trouve dans la lettre 126, toujours adressée à Guillaume, duc d'Aquitaine, car dans cette lettre saint Bernard ne se limite pas à souligner la différence entre la sainteté d'Innocent II et la corruption morale d'Anaclet ; il entre dans le vif de la question canonique et dit :
« Considère la forme de l'élection, considère la dignité des personnages et l'antériorité dans le temps. L'élection d'Innocent est antérieure dans le temps, elle est menée par les cardinaux de plus grande autorité, et elle est approuvée par les meilleurs. L'autre a été faite à la hâte, par esprit de faction et motivée par des intérêts personnels. Si tu examines les personnes, d'un côté il y a une vie irréprochable, une honnêteté reconnue de tous ; de l'autre, une ombre de simonie et une conduite qui scandalise l'Église. Si tu regardes le droit canonique — attention — n'est-il pas nul tout acte accompli par celui qui tente de s'installer sur une chaire qui n'est pas vacante ? Comment le second arrivé peut-il être légitime, si la chaire de Pierre avait déjà été attribuée et consacrée selon les sacrements au premier ? Celui qui a été installé le premier, consacré selon l'ordre prescrit et reconnu par les pères de la senior pars du clergé, est le véritable évêque de Rome. L'autre n'est pas un successeur de Pierre, mais un usurpateur. Ne joins donc pas tes armes à celui qui scinde l'unité de l'Église et foule aux pieds les sacrés canons. »
En effet, Innocent II — c'est-à-dire Gregorio Papareschi — fut élu quelques heures avant Anaclet.
À l'aube du 14 février 1130, un groupe restreint de cinq cardinaux se réunit à la hâte et élut Gregorio Papareschi, qui prit le nom d'Innocent II. L'élection d'Anaclet eut lieu en fin de matinée.
Lorsque la majorité des cardinaux découvrit la mort du pape et l'élection qui avait eu lieu en grand secret, elle se réunit dans la basilique Saint-Marc, à Rome, et proclama pape Pietro Pierleoni, sous le nom d'Anaclet II.
La querelle canonique plaça l'antériorité au centre.
La position de défense d'Anaclet II affirmait qu'il avait de son côté la majorité numérique du collège cardinalice, le soutien du peuple et celui des nobles de Rome. Pour cette raison, il chassa Innocent et fut d'abord considéré par beaucoup comme le pape effectif, restant sur le trône pendant huit ans.
Saint Bernard et les partisans d'Innocent II mirent en revanche en avant le fait que l'élection d'Innocent avait eu lieu avant, par l'entremise des cardinaux de rang supérieur. Ainsi, puisqu'un pape avait déjà été élu, le munus pétrinien avait déjà été conféré par le Père éternel à Innocent II. L'élu suivant, bien que soutenu par les nobles, par une grande partie du clergé et par les puissantes familles de Rome, ne comptait pour rien.
C'est exactement ce qui s'est passé en 2013.
Le pape Benoît XVI n'ayant pas abdiqué, il n'avait donc pas renoncé au munus pétrinien. Comment Bergoglio pouvait-il être élu légalement s'il y avait déjà un pape avant lui, bien qu'empêché ?
On voit bien que la considération canonique de saint Bernard de Clairvaux — nous parlons de l'an 1130, alors que le droit canonique n'était pas encore aussi évolué qu'aujourd'hui — se base sur le critère selon lequel il ne peut y avoir qu'un seul pape à la fois.
Le fait que le collège cardinalice soit au complet ou non ne compte même pas. Les cinq cardinaux authentiques, d'ailleurs les plus importants, seraient probablement considérés aujourd'hui comme des cardinaux-évêques. Vous savez qu'il y avait des cardinaux-évêques, des cardinaux-prêtres et des cardinaux-diacres. Les cardinaux les plus importants, probablement parce qu'ils avaient compris qu'Anaclet II complotait par simonie pour conquérir la papauté, se réunirent en toute hâte, sans attendre les autres, et élirent Gregorio Papareschi, Innocent II.
Ayant été élu même par un petit groupe de cardinaux, Innocent II était le vrai pape : il avait le munus pétrinien et personne d'autre n'aurait pu le recevoir tant qu'Innocent II restait en vie.
Vous voyez à quel point les deux cas, d'un point de vue canonique, sont absolument superposables.
Il ne peut pas y avoir plus d'un pape à la fois. Le munus pétrinien, lorsqu'il est conféré, reste tant que le pape n'y renonce pas en renonçant au munus et en abdiquant, ou bien jusqu'à ce qu'il meure. Personne d'autre ne peut être pape tant que le munus est détenu par un pape élu précédemment.
Le soutien des médias ou celui du peuple ne compte absolument pas, pas plus que le fait que le pape François soit plus sympathique ou plus aimé. Ce qui compte, c'est le droit canonique.
Et cela ne sert à rien que le pape doive être élu par la grande majorité de tous les cardinaux. Cela ne compte pas. Si les cardinaux se réunissent en conclave, ceux qui sont là sont là et ceux qui n'y sont pas n'y sont pas.
Nous en avons souvent parlé avec M° Antonacci : la constitution Universi Dominici Gregis accorde certes un temps d'attente pour les cardinaux retardataires, mais ensuite ceux qui sont là sont là et ceux qui n'y sont pas n'y sont pas.
Il importe peu que le collège cardinalice soit au complet ; ce qui compte, c'est que le pape soit élu par des cardinaux légitimes. Si ce pape est élu par des cardinaux légitimes, il détient le munus et personne d'autre ne peut le détenir.
Ces lettres de saint Bernard sont incroyablement modernes et actuelles. Et surtout, vous voyez la sainteté de saint Bernard et sa rigueur sur le droit canonique.
L'aspect de la sainteté de vie et le fait que Pierleoni fût juif, simoniaque, etc., sont secondaires par rapport à l'antériorité qu'Innocent II a eue dans l'élection par les cinq cardinaux.
Andrea Cionci