On m’a souvent fait l’objection suivante : en 2013, lors du conclave abusif, si au lieu de Bergoglio le cardinal Angelo Scola avait été élu ? Rappelez‑vous que Scola était considéré comme un conservateur, un ratzingérien. En 2013, il y a aussi eu une énorme bévue de la CEI : après l’annonce de l’habemus papam et de la fumée blanche, le secrétaire général de la CEI, un certain M. Galantino, envoya un communiqué de félicitations pour l’élection d’Angelo Scola en tant que nouveau pape.
Ils se sont ensuite justifiés en disant qu’il s’était agi d’une erreur de copié‑collé, préparée à l’avance au cas où l’Italien le mieux coté l’aurait emporté. C’est une stupidité : comment pouvaient‑ils savoir à l’avance quel nom pontifical choisirait l’élu? D’ailleurs, nous devrions réfléchir sur ce point aussi, car manifestement le nom de Léon est, comme ceux de Jean et de François, apprécié dans certains milieux.
Il faudrait faire une enquête spécifique à ce sujet. Quoi qu’il en soit, si le cardinal Scola avait été élu antipape, rien absolument n’aurait changé, parce que le pape Benoît serait resté pape émérite ; il serait resté vivre soit à Castel Gandolfo soit au monastère Mater Ecclesiae, et il aurait continué à lancer ses messages en restriction mentale large.
De toute façon, la Secrétairerie d’État aurait pris le contrôle en raison de l’empêchement du pape. De même, Scola aurait été informé qu’il était antipape, notamment par la remise de la fameuse boîte blanche. Voyez, en couverture, cette reconstitution faite par intelligence artificielle d’une rencontre imaginaire à Castel Gandolfo entre le pape Benoît empêché et l’antipape Scola, sous le nom de Léon XIV.
Naturellement, là encore le pape Benoît aurait remis la boîte blanche contenant les actes de la commission Herranz au successeur antipapal. Et dans ce cas aussi Scola, comme cela est arrivé à Bergoglio, se serait trouvé face à un carrefour : choisir Dieu ou le diable ? Bergoglio, nous le savons, a choisi le diable et cela ne nous surprend pas.
Scola, peut‑être — qui sait — aurait pu aussi choisir la voie de Dieu et donc, informé qu’il avait été élu antipape de bonne foi, il se serait pris la tête entre les mains et aurait dit : « Mon Dieu, qu’avons‑nous fait, quelle chose terrible nous avons faite, nous n’avions rien compris, la déclaration avait été falsifiée ». Maintenant, moi, en tant que cardinal, conformément à l’article 3 d’Universi Dominici Gregis, je fais respecter les droits du Siège apostolique, c’est‑à‑dire de Benoît.
Je vais le libérer, prendre des gendarmes, la Garde suisse, aller à Castel Gandolfo, libérer le pape Benoît, puis faire arrêter tous les auteurs du coup d’État, y compris ceux qui ont falsifié la Declaratio et tous ceux qui ont conspiré contre Benoît XVI. Alors Benoît XVI aurait été remis sur le trône ou — qui sait — il aurait peut‑être réellement abdiqué, renonçant au Munus ; conclave légitime avec Église purifiée et putschistes arrêtés.
Naturellement Scola aurait été réélu à la clameur du peuple, ou plutôt à la clameur des cardinaux, pour son honnêteté prouvée et sa fidélité au pape, au Siège apostolique. Cela dans l’hypothèse où Scola aurait pris la voie de Dieu. Dans l’hypothèse où il serait tombé en tentation et aurait choisi la voie du diable, il serait resté antipape — un antipape au moindre impact doctrinal, naturellement.
Mais il aurait quand même été antipape ; la question du double pontificat et du Siège empêché aurait tôt ou tard fini par émerger. Quoi qu’il en soit, Benoît XVI s’en est entièrement remis au Seigneur. Donc même dans l’hypothèse où l’antipape Scola aurait été élu, la situation dans l’Église aurait tout de même dégénéré, parce que la franc‑maçonnerie aurait proliféré avec toutes les dévastations que cela implique.
Donc, même si Scola avait tenté de freiner un peu les pulsions gnostiques de la hiérarchie putschiste — de la mafia de Saint‑Gall, il aurait quand même dû faire face à cette réalité et aurait fini par céder sur la doctrine, peut‑être moins qu’en a fait Bergoglio, peut‑être avec un peu plus de résistance, mais cela aurait tout de même été un désastre.
Ainsi, le mécanisme imaginé par le pape Benoît était parfait parce qu’il aurait fonctionné dans n’importe quel cas : il aurait tenté et éprouvé, c’est‑à‑dire mis à l’épreuve n’importe quel antipape élu après lui. Vous savez que dans l’histoire il y a eu 40 antipapes ; parmi eux certains sont devenus saints, naturellement, parce qu’ils étaient saints : ils ne se sont pas accrochés au pouvoir avec les ongles et les dents.
Lorsqu’ils ont compris qu’ils avaient été élus de façon non canonique, ils ont ensuite accepté d’être déposés, d’être chassés sans protester. Ou du moins, s’ils ont résisté pendant un certain temps, c’était de bonne foi. On peut donc avoir de bons antipapes et de mauvais antipapes. Et Bergoglio a été un antipape mauvais et hérétique.
Scola, en acceptant l’antipapauté, serait naturellement devenu mauvais et aurait subi un sort analogue. Maintenant, je ne sais pas si Son Éminence écoute ce podcast ; je peux vous assurer que le cardinal Scola a été informé non seulement par mes pétitions, mais aussi par une personne qui est allée le voir et lui a expliqué point par point la question du Siège empêché.
Le cardinal Scola a décidé de ne pas intervenir parce qu’il est malade, fatigué, il ne veut pas en entendre parler et il est resté les mains liées. Si Son Éminence m’écoute, je me permets d’entrer un instant dans une optique catholique. Alors : en perspective de foi, quand Son Éminence se présentera devant Jésus‑Christ — espérons le plus tard possible — et que Jésus lui demandera : « Toi qui étais ami de mon vicaire, qui as été informé du Siège empêché, qu’as‑tu fait pour intervenir ? Puisque l’article 3 d’Universi Dominici Gregis te donnait le pouvoir et le devoir d’intervenir pour protéger les droits de mon vicaire, qu’as‑tu fait ? », il vaudrait mieux que le cardinal Scola commence à préparer quelques réponses ; il vaudrait mieux qu’il commence à rédiger quelques notes, à coucher sur le papier les grandes lignes de quelque justification.
Un beau geste pourrait être, avant de passer dans l’autre monde, de dire la vérité et d’éviter que l’Église catholique ne finisse par être détruite. Léon XIV ne remettra rien en ordre parce que c’est un autre antipape. C’est quelqu’un qui veut tout diluer. C’est quelqu’un qui vise l’union des contraires.
Dans l’Église de Léon, il y a de la place pour tous : il y a de la place pour les gays, pour les hétérosexuels, pour les gnostiques, pour les francs‑maçons, pour les traditionalistes, pour les catholiques conservateurs, pour la tente de Jonathan, pour l’Opus Dei, pour les néocatéchuménaux. Il y a de la place pour tout le monde : c’est une grande machine où chacun a sa part de territoire.
L’important, c’est d’être tous unis. C’est cela l’important. À présent, il y aura probablement aussi quelque chose pour les femmes. Les bénédictions informelles pour les gay existent déjà. Ce sera donc une sorte de melting‑pot spirituel où cohabiteront toutes les sensibilités, toutes les nuances : du gnosticisme le plus satanique au catholicisme le plus conservateur.
Les seuls qui ne veulent pas de ce fourre‑tout sont les ‘sede impeditisti’, pour qui l’Église est celle de l’Institution, celle qui est restée figée en 2013 avec Benoît XVI. Et je peux vous assurer que nous finirons par l’emporter un jour ou l’autre ; nous l’emporterons parce que la vérité — le logos — est de notre côté et surtout le droit canonique est de notre côté.
Avec mes déférentes salutations à Son Eminence le cardinal Scola et en lui réitérant l’invitation à parler clairement, à dire la vérité avant d’aller rendre compte au Principal.
Andrea Cionci